titre automatique

Samedi 9 décembre 2006
Dans le pourquoi de ce site, il y a aussi les lettres de mon arrière grand-père à sa femme et l'émotion qu'elles suscitent à chaque lecture.
 
Voici donc seul texte que je connaisse de mon grand père sur son père. Ecrit quatre-vingt ans après les faits, par un homme très méthodique dans son approche, ce texte est très émouvant mais surtout assez étonnant en ce que peu des éléments clés ont été vraiment approfondis. La plaie était probablement toujours vive et, certes, l'objectif n'était pas un livre sur la Grande Guerre.
Quoiqu'il en soit, en créant ce site, j'ai voulu mieux comprendre la situation de mon arrière grand père lorsqu'il écrivait ces lettres et ce qu'il a caché aux siens pour ne pas les inquiéter.
 
Comme on le verra : 
  • les réservistes sont arrivés le 2 septembre sur le front et sont d'emblée envoyés en première ligne au Col de la Chipotte où le régiment est en très grande difficulté. Les combats qui suivirent furent très très durs, dans les sous-bois, sous le feux de l'artillerie allemande;
  • pas de lettres jusqu'au 12 septembre, date du décrochage des allemands suite à la victoire de la Marne et donc du premier relâchement du 6e RIC
  • Lettre le 20 de Pexonne (et non Péronne), après la "poursuite" des allemands en retraite et juste avant l'embarquement vers les Hauts de Meuse
La retraite de mon grand-père a été en partie consacrée à écrire la monographie de Fillinges. C'est de ce document qu'est extrait le texte ci-dessous. La monographie a été publiée grâce aux efforts de ma mère et de mon frère, aux tomes 110 et 111 des Mémoires et documents de l'académie Salésienne (Annecy, 2005). Qu'ils soient tous vivement remerciés.
L'extrait qui concerne notre sujet est dans le tome 2 aux pages 100 à 105.
 

Souvenirs, Souvenirs...
Me permettra-t-on d’ouvrir une parenthèse personnelle en abordant ce sujet ? Certes j’avais seulement trois ans et quatre mois en ce funeste début d’août 1914 et sept ans et demi quand retentirent les cloches de l’Armistice. Mais certains souvenirs restent indélébiles. Par ailleurs une demi-douzaine de courts « billets » griffonnés par mon père mobilisé dans les premiers jours et quelques témoignages recueillis auprès de mon entourage donnent une idée de la situation d’une famille qui a perdu un être cher.
 
Une famille parmi d’autres
En cette fin de juillet 1914, mon père Eugène Bajulaz, né à Couvette en 1881 et y demeurant, occupe la maison que mon grand-père Julien y fit bâtir en 1882. Il avait appris le métier de menuisier qu’il exerça avec plaisir jusqu’en 1904. Mais cette année là, son frère aîné François, qui aidait ses parents à cultiver leurs champs, se maria et quitta la maison. Mon père dut le remplacer et devint cultivateur à plein temps.
Il perdit sa mère en janvier 1910 et son père en juin 1914. Entre temps il avait épousé en mars 1910 Angèle Berard, née en 1888 et originaire de Scientrier. Fin mars 1911, leur premier enfant vit le jour et fut prénommé Lucien…
En ce milieu d’été 1914, mes parents font donc valoir leur modeste propriété qui compte une vingtaine de journaux(1). Ils possèdent trois ou quatre vaches, une génisse et un cheval. Vers 1912, ils avaient fait construire une étable spacieuse qui leur avait coûté cinq mille francs. En fait d’économies, il ne leur restait plus qu’un billet de cent francs suisses(2). Dernière information d’ordre familial : ma mère attend un deuxième enfant qui doit naître au début novembre(3). Mais sa grossesse la fatigue beaucoup.
C’est l’époque où la moisson bat son plein. Les hommes fauchent les blés aux lourds épis, lient les gerbes, les transportent à la maison. Les femmes, la faucille à la main, font les javelles et les rassemblent en gerbes... On se hâte car le temps de la batteuse et des regains approche...
Mais quand, le premier août en fin d’après-midi, le tocsin retentit, la population comprend que la situation est grave, les cœurs se serrent… Les mobilisables pensent aux leurs qu’ils vont quitter, aux travaux interrompus, aux imprévus qui les attendent. Mais ils s’inclinent devant l’inévitable. D'ailleurs, au fond d’eux-mêmes, ils sont persuadés que la guerre ne peut durer longtemps.
 
La mobilisation et les débuts de la guerre
 
Le départ
Trop jeune pour comprendre ce qui se passait, je n’avais vu, la veille au soir, que des visages graves autour de moi. Le lendemain matin j’entends, de ma chambre située au-dessus de la cuisine, des bruits inhabituels. Un peu plus tard, je me lève sans bruit et me mets à la fenêtre. Tout à coup, je vois passer sur le chemin qui mène à Bonne un petit groupe d’hommes parmi lesquels je reconnais mon père. Ils n’ont pas revêtu leur tenue journalière de travail et portent un sac en bandoulière. Ils disparaissent bientôt derrière un rideau d’arbres...
Quand je descends de ma chambre pour déjeuner, je trouve ma mère en larmes et qui m’embrasse plus longuement que d’habitude...
 
Première lettre de mon père, datée du 7 août
 
«Bien chère Angèle,
Je m’empresse de t’écrire ces deux lignes pour te dire qu’on n’est pas encore habillés(4). Quand nous sommes arrivés le lundi à Lyon, nous nous sommes rendus au fort Saint-Irénée.,. Je pense qu’on y restera un certain temps... Louis Bajulaz, Jovard et Levet, de Bonne, et Montfort de Lossy, et moi-même, nous sommes à la même compagnie(5). Je pense que tu as reçu la carte que je t’ai envoyée mardi..
Je serais bien content d’avoir de tes nouvelles. Es-tu guérie ? Et comment t’en tires-tu toute seule? Dis-moi aussi ce qui se passe chez nous, si on a déjà pris le cheval(6), et comment vous vous arrangez les uns et les autres(7). En attendant de tes nouvelles, je t’embrasse bien fort ainsi que le petit Lucien »


Le fort St Irénée sur une carte postale envoyée en 1915
Les soldats portent tous le patelot d'infanterie de marine et le ceinturon caracteristique
Le port des epaulettes suggere une photo du tout debut XXe
(cliquer pour agrandir) (Farges ed. coll auteur)


Lettre du 15 août
 
« Comme tu ne m’envoies aucune nouvelle, je suis inquiet. Est-ce que par hasard tu n’aurais pas reçu ma dernière lettre? Ou serais-tu dans l’impossibilité de m’écrire ? J’ai grand peur que tu sois malade. Si tu ne peux pas écrire toi-même, fais donc faire ta lettre par quelqu’un d’autre afin que je sache au moins des nouvelles de la maison. Il est vrai que toutes les lettres arrivent avec beaucoup de retard, et même qui se perdent par rapport à la mobilisation qui est par bonheur à peu près terminée.
Ne sois pas trop inquiète pour moi, car je crois que nous resterons à Lyon. Je fais partie d’une compagnie de dépôt qui doit rester pour garder la ville, mais notre régiment actif est déjà parti en Alsace. Enfin prends patience et tâche de m’envoyer de tes nouvelles.
Ton Eugène qui pense à toi et au petit Lucien nuit et jour, et vous embrasse tous les deux... »
 
Lettre du 19 août
 
« Je m’empresse de te répondre pour te dire que j’ai reçu ta lettre lundi; elle est restée six jours en route. 
Tu ne m’as pas dit si tu avais fait rentrer l’avoine.
Quant au blé et au foin, tu peux en vendre. 
Est-ce que tu as reçu des nouvelles de chez vous?(8)
Tu m’as bien fait de la peine en me disant que tu souffrais toujours. Si cela dure trop longtemps, tu seras peut-être obligée d’aller chez vous. Qu’est-ce que tu feras toute seule dans l’état où tu es? Enfin réfléchis à ce que tu as de mieux a faire... »
 
Lettre du 23 août
 
« J’ai bien reçu tes deux lettres ainsi que ta carte. Cela me fait bien plaisir d’avoir de tes nouvelles : je les conserve pour me tenir compagnie en ce moment de malheur. En cas que nous changions de garnison, n’oublie pas de mettre sur l’adresse: « à suivre ». Prends courage. Ne te fais pas trop de chagrin et songe que nous nous reverrons, et que nous serons heureux d’avoir contribué à la défense de notre pays... » 
 
Lettre du 12 septembre(9)
 
« ... En attendant que je puisse faire mieux, je t’écris ces deux mots sur ce modeste bout de papier, car il n’est pas facile de s’en procurer d’autres. Sois tranquille quant à moi, et que ces deux lignes te trouvent en bonne santé. Ton mari qui pense nuit et jour à toi ainsi qu’à notre petit Lucien… »
 
Lettre du 20 septembre(10)
« Je m’empresse de t’envoyer ce bout de lettre pour te dire que je suis toujours en bonne santé. Tu me pardonneras si je ne t’ai pas écrit plus souvent. Je ne le pouvais pas, ne possédant pas de papier et impossible de s’en procurer.
Enfin mieux vaut tard que jamais, et cette fois, j’espère que tu me donneras de tes nouvelles au plus vite, car je brûle de les recevoir, vu qu’il y a un mois que je n’en ai pas reçu. Chère femme, fais comme moi, prends courage et espérons que bientôt nous aurons le plaisir de nous retrouver.
Je suis très inquiet de savoir comment tu te portes et comment tu t’en tires toute seule. Pas une minute ne se passe sans que je pense a toi ainsi qu’à notre cher petit Lucien,
Envoie-moi donc de tes nouvelles, s’il est possible. Cela me tranquillisera un peu jusqu’à mon retour, car il m’est si cruel d’être sans nouvelles de toi. Envoie-moi également des nouvelles du pays, pour savoir comment ça se passe, et ce que vous faites en ce moment. Comment François se porte-t-il au régiment?
Je ne sais pas que te dire de plus pour le moment, car il est défendu de dire exactement où on est. J’ai changé de compagnie, j’ai quitté la 24e compagnie pour la 7 .
Si tu peux m’envoyer un peu d’argent dans quelques jours, cela me ferait bien plaisir, quoique j’aie bien ménagé celui que j’avais emporté.
Alors, ma chère Angèle, je te dis adieu en attendant de te revoir... ».
 
L’obsession du mobilisé
Ces six lettres de mon père, simples et banales dans leur formulation, sont pourtant chargées d’émotion, Il ne manque ni d’amour pour les siens, ni d’amitié pour ses voisins, ni d’intérêt pour ce qui se passe à Couvette, à Fillinges, Scientrier... Il éprouve un besoin lancinant de rester en contact avec la vie, la vraie, celle qu’il a quittée depuis bientôt deux mois. Il est obsédé par la situation dramatique de son épouse fatiguée, accablée de soucis et seule, il pense travaux qui ne peuvent être effectués, au sort de « Bijou », son cheval qui a risqué la réquisition...
Au moment où il écrit sa lettre du 20 septembre, il n’a plus qu’une semaine à vivre... Quant à son épouse qui accouchera un mois et demi plus tard, elle s’installera fin novembre chez ses parents, à Scientrier, en emmenant ses deux enfants, le cheval et une vache. Mais elle reprendra sa place à Couvette vers la mi-mars 1915, poursuivant avec un courage exceptionnel son combat pour la vie.
 
La brève rencontre de deux « pays » dans une zone de combats
C’est un jour de la mi-septembre 1914, dans un secteur de la grande forêt Rambervillers(11). Un groupe de soldats cantonne dans les parages. Parmi eux, Edouard Déluermoz, un cultivateur d’une quarantaine d’années qui habite le lieu-dit La Tire, tout près de Couvette. Il suit distraitement le passage d’un détachement de l’infanterie coloniale. Tout à coup, un cri en jaillit : « Tiens, Edouard !... ». Un fantassin s’approche de lui : ses vêtements crottés et sa barbe hirsute le rendent méconnaissable... Cependant l’hésitation ne dure que quelques secondes: « Pas possible, mais c’est Eugène !... » s’écrie Edouard. Les premiers et rapides propos échangés, mon père évoque les jours terribles que sa compagnie vient de vivre, les tirs meurtriers qu’elle a essuyés... Il montre à son ami son képi et son paquetage troués par des balles. Visiblement démoralisé, il le quitte sur ces mots: « On nous mène à l’abattoir... Nous ne reverrons pas notre Fillinges.. Adieu, Edouard !... »(12)
Mauvaise nouvelle
Les mois passent, - un an peut-être - et pas la moindre nouvelle de l’absent depuis la lettre du 20 septembre. Un jour, ma mère reçoit la visite de Levet, de Bonne, qui avait été affecté au même régiment que mon père, mais dans une autre compagnie. Ma mère lui fait part de son angoisse. Levet lui enlève tout espoir: « Ma pauvre fille, ne compte pas revoir Eugène... ». Et il rapporte ce qu’il a entendu dire. Mon père aurait été enterré vivant : « un obus avait creusé un grand trou, un autre l’avait comblé... »(13)
 
L’avis officiel du décès
Vers le milieu de l’année 1916, ma mère reçoit la visite de François Cheneval, maire de Fillinges, et de Louis Decroux, garde-champêtre. La scène se passe dans la cuisine, dont je revois la table faite par mon père et « l’arche », c’est-à-dire le grand coffre à blé avec son couvercle incliné, auquel mon grand-père tenait beaucoup...
Avec gravité, compassion, et quelque gêne aussi, les visiteurs remettent à ma mère l’avis officiel de disparition de mon père, - avis établi le 21 avril 1916 et ainsi conçu : 
« Le soldat Bajulaz Eugène a disparu le 28 septembre 1914 à Loupmont (Meuse).
Inscrit au tableau officiel à titre posthume:
Médaille militaire
Croix de guerre avec étoile de bronze
Brave soldat. Tombé glorieusement pour la France le 28 septembre 1914 à Loupmont (Meuse) »
 
Je revois le maire et le garde-champêtre restés debout, et surtout ma mère effondrée sur une chaise, le visage inondé de larmes, et tenant dans sa main droite l’avis officiel.
 

Notes
(1) Le "journal" était une mesure agraire couramment utilisée, qui valait dans notre région 29 ares 48 centiares.
(2) La valeur du franc suisse ayant baissé au début de la guerre de 1914, ma mère se hâta de troquer ce billet contre des francs français.
(3) De fait, ma soeur Clara est née le 3 novembre 1914
(4) Les mobilisés n’ont pas encore reçu leur tenue militaire,
(5) Mon père et ses camarades sont affectés au 6 régiment d’infanterie coloniale, 26e compagnie. Par la suite, mon père sera affecté à la 24e, puis à la 7e compagnie.
(6) Allusion à la réquisition des chevaux, Le nôtre nous sera laissé.
(7) Nos voisins se montrèrent très solidaires. Par ailleurs, ma mère embaucha quelques ouvriers pour les gros travaux.
(8) Eugène demande à Angèle des nouvelles de ses parents qui demeurent à Scientrier et de son frère Francois qui est mobilisé.
(9) La lettre du 12 septembre est écrite au crayon, sur un morceau de papier d’emballage de 15 cm de long et 14 cm de large, la correspondance d’un côté, et l’adresse de l’autre. Il rappelle son adresse postale « Dépôt de Lyon », mais il est certain qu’il a quitté la cité rhodanienne pour une zone de combats
(10) La lettre du 20 est également écrite au crayon, sur un mauvais papier déchiré, mais elle est envoyée sous enveloppe. La date est précédée du nom "Péronne", mais celui-ci est soigneusement barré. Est-ce à la fois pour respecter la consigne militaire et ne pas inquiéter son épouse? C'est probable.
(11) Rambervillers est un chef-lieu de canton du département des Vosges, situé au nord de la grande forêt qui porte son nom. 
(12) C'est Edouard Déluermoz qui, revenu sain et sauf de la guerre, nous rapportera ces détails
(13) Levet fit cette visite au cours d'une permission. Il fut tué quelque temps après avoir rejoint son unité.
Par Zoof - Publié dans : Pourquoi
- Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 9 décembre 1973

JOURNAL DES MARCHES ET OPERATIONS

DU

6ème REGIMENT D'INFANTERIE COLONIALE

PENDANT

LA CAMPAGNE ENTREPRISE DU 7 AOUT 1914 AU 31 DECEMBRE 1916

 

 

EFFECTIF AU JOUR DU DEPART

OFFICIERS

Etat Major

Colonel

Cortial

Lt Colonel

Bordeaux

Major

Malafosse Cap

Médecin Major

Dethève mm 1e cl

Officier de détails

Mangin lieut

Officier d'approvisionnement

Abéré _

Officier Service téléphonique

Polidori s/ lieut

Officier porte drapeau

Gédet s/ lieut

 

Mitrailleuses

1e section

s/ Lt Girardon

2e section

_ Colas des Francs

3e section

_ Jaudeau

 

 

1e Cie

Capitaine

Motte

 

Lieutenant

Kauffeisen

 

s/ Lieutenant

Renaudet

1er Bataillon

_ d°_ de R.

Foucart

Chef de Baton

2e Cie

Capitaine

Caumont

Dussault

Lieutenant

Berthier

Capitaine Adj Major

s/ Lieutenant

Charriot

Goetz

_ d°_ de R.

Herqué

Médecin

3e Cie

Capitaine

Souclier

Blandin

Lieutenant

Hugot

S/ Off de Cavie Adjt

s/ Lieutenant

de Bazelaire

Blauchet

_ d°_ de R.

Petion

 

4e Cie

Capitaine

Desplagnes

 

Lieutenant

Bon

 

s/ Lieutenant

Wild

 

_ d°_ de R.

Giraud

 

 

 

5e Cie

Capitaine

Boissonnas

 

Lieutenant

Pancrazi

 

s/ Lieutenant

de Bernardi Lt

2e Bataillon

_ d°_ de R.

Barrois

Chef de Baton

6e Cie

Capitaine

Reynes

Veron

Lieutenant

s/L Lecureux

Capitaine Adj Major

s/ Lieutenant

Leblond

Lebegue

_ d°_ de R.

Le Franc

Médecins

7e Cie

Capitaine

Richarmet

Astié - Barreau

Lieutenant

Le Bellour

S/ Off de Cavie Adjt

s/ Lieutenant

Métée

Langier

_ d°_ de R.

Martenot

 

8e Cie

Capitaine

Detchebarne

 

Lieutenant

Perriolat s/L

 

s/ Lieutenant

Barailler

 

_ d°_ de R.

Ollivier

 

 

9e Cie

Capitaine

Legras

 

Lieutenant

Bazin

 

s/ Lieutenant

Julia

3e Bataillon

_ d°_ de R.

Bordenave

Chef de Baton

10e Cie

Capitaine

Rousset

Huard Cpt

Lieutenant

Fize

Capitaine Adj Major

s/ Lieutenant

Fillette

Scheer

_ d°_ de R.

Demoulin

Médecins

11e Cie

Capitaine

Cros

Giudice

Lieutenant

Pompéani

S/ Off de Cavie Adjt

s/ Lieutenant

Pailloux

Paturle

_ d°_ de R.

Martin

 

12e Cie

Capitaine

Houri

 

Lieutenant

Petiot, Lousteau

 

s/ Lieutenant

Séry

 

_ d°_ de R.

 

 

EFFECTIF EN SOUS OFFICIERS ET HOMMES

De troupe        3332

NOMBE DE CHEVAUX

                        De Selle          159

                        De trait

                        Mulets                        45

 

Date de mise en route : sept août 1914

(à 11 heures pour le 1er Bon et l'E.M.)

Point de concentration : Epinal

8 août 1914

Date de l'arrivée au point de concentration

Huit aout 1914 (à 7 h. 10)

Le 6e régiment d'Infanterie Coloniale (E.N.E.) fait partie

            de la 1ère Armée

            du 14e Corps d'Armée

            de la Brigade Coloniale E.N.E.

Cantonnement du 6e régiment : E-M aux Archettes ; 1er Bataillon à Poucieux [Pouxeux], 2e Bataillon : 5e Cie à Arches, 6e, 7e, 8e Archettes, 3e Bataillon : non encore arrivé au point de concentration

Notification au corps de la prise de commandement en chef des armées de la République du Général Joffre, chef d'Etat Major Général

Notification au corps de la prise de commandement de la 1ère Armée du Général Dubail, (Quartier Général à Epinal jusqu'à nouvel ordre)

 

 

9 août 1914

Le 3e Bataillon du 6e régiment arrivé au point de concentration aujourd'hui à 7 heures, cantonnement à Pouxeux

 

 

10 août 1914

A 16h30 le régiment reçoit l'ordre de partir immédiatement dans la direction de Bruyères.

A 17h15, le 6e régiment quitte ses cantonnements et part.

 

 

11 août 1914

Arrivée aux cantonnements a 12 heures, le 1er Baton et l'E.M. à La Chapelle - le 2e Bon à Laveline, le 3e Bon à Aumontzey

 

 

12 août 1914

Repos dans les cantonnements du 11 août 1914. Notification au corps de l'ordre adressé aux troupes et au peuple belge par le roi Albert à l'occasion de la défense héroïque de Liège.

 

 

13 août 1914

La Brigade coloniale (6e régiment, 5e régiment et 1 groupe du 6e régt d'artillerie) passe au 13e Corps d'Armée suivant ordre de la 1ère Armée

Départ du régiment à 3 heures pour rejoindre le 13e Corps

Arrivée au cantonnement à 10h.30 - 1er, 2e Batons et Etat Major à Bru, 3e Bataillon à Rambervilliers

 

 

14 août 1914

Départ du régiment à 3 heures, Grande halte à Raon-l'Etape. A 17 heures, le régiment arrive à Pexonnes où les trois bataillons sont logés en cantonnement d'alerte.

 

 

15 août 1914

Départ du régiment dans la direction de Badonviller à 4 heures.

Le village de Badonviller est en ruines, brûlé par les troupes allemandes, des vieillards et des femmes ont été fusillés.

5 hussards dont un officier du régiment de Strasbourg sont trouvés dans le village et faits prisonniers

Le 6e régiment s'établit à 5h aux abords N de Badonviller, réserve d'armée. Départ à 12 heures par Petitmont pour une attaque éventuelle de Cirey, trouvé évacué

 

Le 2e et le 3e Bataillon A.P. campent sous les bois longeant la route de Cirey à Bertrambois à environ 2 kilomètres de Cirey ; le 1er Bataillon avec la Cie H.R. cantonnent à Cirey

 

 

16 août 1914

Le 16 à 5 heures, alerte aux A.P. par suite de méprise. Deux hommes tués, 5 blessés, 8 mulets tués par une patrouille d'un régiment d'infanterie voisin, le 5e Colonial.

Départ à 16h. pour Val et Chatillon (2 bataillons) et Saussenrupt (1er Bataillon). Cantonnements

 

 

17 août 1914

Départ à 6 heures. La Brigade coloniale, réserve d'Armée en position à 9 heures dans le thalweg de la Sarre, face à St Quirin. Cantonnement du régiment à la Frimbolle

 

 

18 août 1914

Départ de La Frimbolle à 9 heures. La Brigade Coloniale à laquelle est rattaché un groupe du 6e d'artillerie passe au 21e corps d'A. Cantonnement du régiment à Abreschwiller

 

 

19 août

Stationnement à Abreschwiller. Le 19 août au soir, le 1er bataillon du 6e est mis à la disposition du colonel commandant le 5e Colonial pour renforcer deux bataillons de ce dernier régiment qui sont accrochés le matin aux hauteurs boisées situées au N.-E. de Walscheid. Avançant sans guides, dans la nuit du 19 au 20 août pour remplir leur mission de soutien, les 3e et 4e Cies, assaillies à bout portant sous bois par un feu violent sont décimées.

Le 2e Bon à La Valette ; le 3e Bon à Munichoff [Munichshof] et St Léon

 

 

20 août 1914

Pendant que le 2e Bataillon est maintenu à La Valette à la disposition du général Ct le 21e Corps, la 1ère et la 2e compagnie du 1er bataillon ont pour mission de défendre concurremment avec un bataillon de chasseurs, les crêtes au sud du col de St Léon. Le 3e bataillon de son coté, qui avait été engagé dès le matin au Nord de Walscheid pour soutenir le mouvement de repli du 5e régiment, se trouve peu à peu ramené en arrière par des forces supérieures et s'établit à Munichof. Il y est bientôt rejoint par le 2e bataillon.

C'est alors que se produit, vers 16h, la ruée allemande vers le col de SLéon. Le village est bientôt aux mains de l'ennemi, qui gravit les crêtes au sud du col et prend en enfilade nos tranchées, une des premières balles blesse mortellement le colonel Cortial Ct le régiment

Tous les éléments disponibles sont rapidement ralliés et une furieuse contre attaque se lance contre l'ennemi.

Magnifiquement entrainés par le Commandant Dussaulx auquel étaient venues spontanément se joindre 3 compagnies de chasseurs (du 17e), nos hommes reprennent à la baïonnette, en un élan irrésistible, le col, le village et les glacis jusqu'au bas des pentes. Un bataillon du 158e arrive bientôt en renfort et le 20 au soir le régiment couche sur les positions. Deux officiers et 150 hommes du 131e régt d'infrie allemande restaient entre nos mains.

Mais les pertes avaient été rudes : outre le colonel Cortial mortellement blessé, trois officiers tués et six officiers blessés dont le capitaine Huard commandant le 3e bataillon, cinq officiers disparus, près de 500 hommes de troupe tués, blessés ou disparus.

S'étaient particulièrement distingués par leur bravoure et leur énergie, en première ligne, le Comt Dussault, le capitaine Hart puis le capitaine Detchebarne, gardant son commandement quoique blessé, le capitaine Boissonnas blessé et tant d'autres qu'il serait trop long de signaler. Une mention spéciale est cependant due aux tués, les capitaines Legras, Souclier et Desplagnes, touchés au premier rang à la tête de leur compagnie.

 

 

21 août

L'ordre de repli arrivé le 20 au soir s'exécute le 21 au matin par échelons, les fractions laissées en arrière (prises dans le 2e Baton) ayant à subir de rudes assauts.

Le 21 au soir, le régiment entier occupe de fortes tranchées étagées qu'il a construit au sud et à l'ouest de St Quirin. Après avoir couvert la retraite des divisions et fractions d'artillerie, restées en arrières il arrive le 22 au soir par une pénible marche de nuit à Badonviller.

 

 

22 août

Organisation défensive des hauteurs N.O. de Bréménil et bivouac aux positions

 

 

23 août

Repli sur Montigny, Merviller, Gélacourt. Alors que le régiment marchait sur Baccarat où était fixé le cantonnement et où il comptait se réorganiser, l'ordre était donné, à 10 heures, à 2 compagnies du 1er bataillon de s'arrêter à Montigny, face au nord, en soutien provisoire d'artillerie pendant que 2 autres compagnies avec le chef de Bon s'établissaient aux avant postes à Gélacourt. Peu après le 2ème bataillon était arrêté à Merviller et devait rebrousser chemin vers le nord pour dégager le 5e régiment colonial accroché à Montigny par des forces très supérieures. Le 3e bataillon de son coté restait en arrière dans les bois au nord de Baccarat.

Des actions isolées assez confuses mais très vives s'engagent de tous cotés. Les compagnies laissées à Montigny, très durement éprouvées en cadres et en hommes se replies mais seulement après avoir permis à l'artillerie de se dégager. Pertes très importantes partout ; les hommes extenués de faim et de fatigue donnent tous ce qu'ils peuvent mais déjà privés d'une partie de leurs cadres et des meilleurs éléments de la troupe (la plupart des rengagés ayant été fauchés dès le début) ils ne constituent déjà plus qu'un instrument bien imparfait.

Vers 13 heures, il devenait évident que l'adversaire préparait sur notre gauche un vaste mouvement tournant et le Lt colonel obtenait l'autorisation de disposer du 3e bataillon pour occuper la position de Criviller où de fortes trachées étaient aussitôt entreprises.

Le 23 au soir, aucun résultat décisif ne s'était produit sur le front.

 

 

24 août

Mais le 24 au matin l'ennemi manifestement supérieur en force et en fraicheur reprenait son offensive : après avoir bousculé, grâce à son artillerie et malgré une héroïque défense des deux compagnies Dussaulx, les positions de Gélacourt, il accentuait son mouvement vers la Meurthe. Les tranchées de Criviller arrêtaient quelques temps sa marche et lui infligeaient des pertes très sensibles ; à 14 heures cependant, il fallait se résoudre au repli général, qui, sous la protection du 3e bataillon, s'effectuait en ordre malgré le feu incessant de l'artillerie adverse.

Il est difficile ici encore de désigner nommément tous ceux dont la conduite fut particulièrement digne d'éloge. Au premier plan cependant, il convient de mettre encore une fois le commandant Dussaulx, légèrement blessé, pour sa résistance à Gélacourt, le commandant Véron, qui le 23 avait conduit à Merviller une brillante contre-attaque au secours du 5e régiment, le capitaine Detchebarne grièvement blessé pour la 2e fois, le capitaine Reynes tué, etc, etc.

Le 24 au soir les pertes globales du corps étaient les suivantes :

 

 

Tués

Blessés

Disparus

Total

Officiers

4

13

6

23

Hommes de troupes

70

346

182

598

 

 

 

 

25 août

L'état de fatigue des troupes dépasse à ce moment tout ce qu'on pourrait en dire : la viande, les légumes secs restent pour compte à la distribution, personne n'ayant le courage de les faires cuire.

Cependant il faudra encore, sans trêve et sans répit faire face à la poussée qui s'affirme toujours aussi résolue.

Le 25 au matin, après avoir été rapproché de Baccarat où se tentait une contre-attaque de nuit, le régiment était dirigé sur Ste Barbe puis recevait l'ordre de se poster sur Bazien qu'il devait attaquer d'abord à l'Est (attaque encadrée) puis seul pendant que d'autres troupes se portaient sur Ste Barbe. Un certain flottement se manifestait bientôt sur les lignes françaises. Le 2e bataillon était presque aussitôt pris en écharpe à sa droite par une fusillade nourrie tandis que le 3e à la gauche du 2e devait résister à des forces d'infanterie soutenue d'une vive canonnade. Pressés de toutes parts, ces deux unités devaient après une résistance acharnée, se replier pendant que le 1er bataillon se sacrifiait pour couvrir la retraite.

Pertes nouvelles

Officiers 2 tués, 6 blessés ; total 8

Hommes de troupe : 16 tués, 171 blessés, 46 disparus ; total 233

Le régiment se trouvait le soir scindé en deux parties, l'une à Rambervilliers, l'autre à Brut et St Benoît.

 

 

26 août

Le rassemblement s'opère le 26 à St Benoît où des tranchées sont aussitôt entreprises sur les hauteurs bordant le village au nord.

Vers 16 heures des troupes d'Infrie en retraite, traverse le village venant de l'Est et du N.E. Le régiment reçoit l'ordre de s'emparer de la cote 423 (sur la route sommière au N.E. de St Benoît) et de s'y établir.

Au moment où sa tête s'engageait dans le chemin qui va à St Benoît au point indiqué, une vive fusillade éclate, elle part des maisons à l'est du village dont les allemands se sont emparés par surprise. Les 1er et 2e bataillons font face aussitôt, se lance résolument sur l'adversaire et le poursuivent l'épée dans les reins jusqu'à la cote 423 où ils s'établissent. Ils avaient été aidés par le 3e baton qui se portant directement dans des tranchées sur 423 avait pris l'ennemi à revers et sur son flanc droit. Les forces allemandes qui s'élevaient à une brigade (112e et 142e régiment d'infanterie) avaient terriblement souffert. Outre de nombreux tués, presque tous à la baïonnette, une cinquantaine de prisonniers restaient entre nos mains. De notre coté, nous avions 4 officiers tués, trois blessés et 136 hommes tués, blessés ou disparus.

 

 

27 août

Le 27 est, à St Benoît, un jour de demi-tranquillité pour tout le régiment qui y cantonne.

 

 

28 août

Jusqu'à 16 heures le régiment reste en station à St Benoît. A cette heure, le 1er baton  est envoyé à la Chipote en soutien de troupes d'infanterie mais se trouve bientôt isolé sur la position et ayant perdu son dernier capitaine grièvement blessé et un lieutenant tué, réduit à quatre officier, le 1er Bon doit se replier sur St Benoît. L'ennemi poursuivant, le 2e bataillon est détaché à sa rencontre pendant que le 2e bataillon organise la défense immédiate de St Benoît. A 18 heures, un bombardement violent d'artillerie lourde est dirigé sur St Benoît ; un chef de bataillon est grièvement blessé, un lieutenant tué, de très nombreux hommes sont atteints. La nuit arrête le bombardement et la fusillade. Le régiment cantonne en alerte à St Benoît.

 

 

   

Par Zoof - Publié dans : 6eric
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Pourquoi ce site

Parce que le 28 septembre 1914, à Loupmont dans la Meuse, la vie d'un homme jusque là heureux s'est arrêtée. Qu'est-il devenu ? Nul ne le sait vraiment. Les gars de sa section ont raconté plus tard qu'un obus allemand avait creusé un trou et qu'un autre l'avait rebouché. C'est court comme oraison funèbre.

Cet homme était mon arrière grand père. Je ne l'ai pas connu, sa fille non plus d'ailleurs, elle naitra quelque mois après. Mais son absence et cette fin ont marqué son fils, alors âgé de trois ans, plus que ces quelques lignes ne sauraient l'exprimer.

Et ce fils, mon grand père, a été une des lumières de mon enfance. Lui aussi s'en est allé depuis.

Alors, avec ce petit site, avec les moyens du vingt et unième siècle, je voudrais maintenir la mémoire d'Eugène en souvenir de Lucien.

Ma courte histoire se focalisera sur le parcours des réservistes du 6e RIC. Elle commencera en Haute Savoie, à Fillinges à la mobilisation, se poursuivra à la Chipotte début septembre 1914 pour s'achever quelque part entre Apremont et Loupmont le 28 septembre. J'essaierais de rendre ce que j'ai pu rassembler de faits et d'impressions sur cette si courte période, pourtant si riche en événements

Remerciements

Mes recherches n'auraient pas été les mêmes sans la poignée de passionnés qui assurent le service public de la mémoire autour de la guerre de 14. On les retrouve souvent là : http://pages14-18.mesdiscussions.net/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contact - C.G.U. - Signaler un abus