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    <title><![CDATA[le blog 6eric (Pourquoi)]]></title>
    <link>http://www.6e-ric.info/categorie-992285.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Pourquoi&quot; du blog &quot;le blog 6eric&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Wed, 07 Dec 2011 03:33:55 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Wed, 07 Dec 2011 03:33:55 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.6e-ric.info</copyright>            <category>Pourquoi</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[La "disparition" d'un mobilisé fillingeois]]></title>
        <link>http://www.6e-ric.info/article-4792483.html</link>        <description><![CDATA[<div>
    <a href="http://www.6e-ric.info/article-36236864.html"><img width="100" src="http://idata.over-blog.com/0/50/69/92/Eugene.jpg" height="97" class="noAlign"></a>Dans le pourquoi de ce site, il y a
    aussi les lettres de mon arrière grand-père à sa femme et l'émotion qu'elles suscitent à chaque lecture.
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">Voici donc seul texte que je connaisse de mon grand père sur son père. Ecrit quatre-vingt ans après les faits, par un homme très
    méthodique dans son approche, ce texte est très émouvant mais surtout assez étonnant en ce que peu des éléments clés ont été vraiment&nbsp;approfondis.</span></span> <span style=
    "font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">La plaie était probablement toujours vive et, certes, l'objectif n'était pas un livre sur la Grande Guerre.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">Quoiqu'il en soit, en créant ce site, j'ai voulu mieux comprendre la situation de mon arrière grand père lorsqu'il écrivait ces
    lettres et ce qu'il a caché aux siens pour ne pas les inquiéter.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">Comme on le verra :</span></span>&nbsp;
  </div>
  <ul>
    <li>Eugène a fait partie d'un départ de réservistes du dépôt le 23 août, date&nbsp;de la dernière lettre de Lyon.&nbsp;On sent qu'Eugène sait qu'il&nbsp;va partir. Sa&nbsp;fiche matricule indique
    une arrivée aux armées le 24 août mais il semble que premier peloton de réservistes rejoint le régiment le 29 août vers 20h. C'est donc&nbsp;dans la&nbsp;tourmente du Col de la Chipotte qu'Eugène
    rejoint sont régiment;
    </li>
    <li>pas de lettres jusqu'au 12 septembre, date du décrochage des allemands suite à la victoire de la Marne et donc du premier relâchement du 6e RIC
    </li>
    <li>Lettre le 20 de Pexonne (et non Péronne), après la "poursuite" des allemands en retraite et juste avant l'embarquement vers les Hauts de Meuse
    </li>
  </ul>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">La&nbsp;retraite de mon grand-père a été en partie consacrée à écrire la monographie de Fillinges.&nbsp;C'est de ce document qu'est
    extrait le texte ci-dessous. La monographie a été publiée grâce aux efforts de ma mère et de mon frère, aux tomes 110 et 111 des <em>Mémoires et documents de l'académie Salésienne</em> (Annecy,
    2005). Qu'ils soient tous vivement remerciés.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-size: 8pt;">L'extrait qui concerne notre sujet est&nbsp;dans le tome 2 aux pages 100 à 105.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <hr>
  </div>
  <div>
    <b><em><span style="font-size: 10pt;">Souvenirs, Souvenirs...</span></em></b>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Me permettra-t-<span>on d’ouvrir une parenthèse personnelle en abordant ce sujet ? Certes j’avais seulement trois ans et quatre mois en ce funeste début d’août 1914
    et sept ans et demi quand retentirent les cloches de l’Armistice. Mais certains souvenirs restent indélébiles. Par ailleurs une demi-douzaine de courts « billets&nbsp;» griffonnés par mon père
    mobilisé dans les premiers jours et quelques témoignages recueillis auprès de mon entourage donnent une idée de la situation d’une famille qui a perdu un être cher.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <b><em><span style="font-size: 10pt;">Une famille parmi d’autres</span></em></b>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">En cette fin de juillet 1914, mon père Eugène Bajulaz, <span>né&nbsp;à Couvette en 1881 et y demeurant, occupe la maison que mon grand-père Julien y fit bâtir en
    1882. Il avait appris le métier de menuisier qu’il exerça avec plaisir jusqu’en 1904. Mais cette année là, son frère aîné François, qui aidait ses parents à cultiver leurs champs, se maria et
    quitta la maison. Mon père dut le remplacer et devint cultivateur à plein temps.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Il perdit sa mère en janvier 1910 et son père <span>en juin 1914. Entre temps il avait épousé en mars 1910 Angèle Berard, née en 1888 et originaire de Scientrier.
    Fin mars 1911, leur premier enfant vit le jour et fut prénommé Lucien…</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">En ce milieu d’été 1914, mes parents font donc valoir leur modeste propriété <span>qui compte une vingtaine de journaux<sup>(1)</sup>. Ils possèdent trois ou quatre
    vaches, une génisse et un cheval. Vers 1912, ils avaient fait construire une étable spacieuse qui leur avait coûté cinq mille francs. En fait d’économies, il ne leur restait plus qu’un billet de
    cent francs suisses<sup>(2)</sup>. Dernière information d’ordre familial : ma mère attend un deuxième enfant qui doit naître au début novembre<sup>(3)</sup>. Mais sa grossesse la fatigue
    beaucoup.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">C’est l’époque où la moisson bat son plein. Les hommes fauchent les blés aux lourds épis, lient les gerbes, les transportent à la maison. Les femmes, la faucille à
    la main, font les javelles et les rassemblent en gerbes... On se hâte car le temps de la batteuse et des regains approche...</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Mais quand, le premier août en fin d’après-midi, le tocsin retentit, la population comprend que la situation est grave, les cœurs se serrent… Les mobilisables
    pensent aux leurs <span>qu’ils vont quitter, aux travaux interrompus, aux imprévus qui les attendent. Mais ils s’inclinent devant l’inévitable. D'ailleurs, au fond d’eux-mêmes, ils sont persuadés
    que la guerre ne peut durer longtemps.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><b><em>La mobilisation et les débuts de</em></b> <b><em>la guerre</em></b></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <em><span style="font-size: 10pt;">Le départ</span></em>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Trop jeune pour comprendre ce qui se passait, je n’avais vu, <span>la veille au soir, que des visages graves autour de moi. Le lendemain matin j’entends, de ma
    chambre située au-dessus de la cuisine, des bruits inhabituels. Un peu plus tard, je me lève sans bruit et me mets à la fenêtre. Tout à coup, je vois passer sur le chemin qui mène à Bonne un
    petit groupe d’hommes parmi lesquels je reconnais mon père. Ils n’ont pas revêtu leur tenue journalière de travail et portent un sac en bandoulière. Ils disparaissent bientôt derrière un rideau
    d’arbres...</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Quand je descends de ma chambre pour déjeuner, je trouve ma mère en larmes et qui m’embrasse <span>plus longuement que d’habitude...</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <blockquote style="margin-right: 0px;" dir="ltr">
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Première lettre de mon père, datée du 7 <span>août</span></span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">«Bien chère Angèle,</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Je m’empresse de t’écrire ces deux lignes pour te dire qu’on n’est pas encore habillés<sup>(4)</sup>. Quand nous sommes arrivés le lundi à Lyon, nous nous
      sommes rendus au fort Saint-Irénée.,. Je pense qu’on y restera un certain temps... Louis Bajulaz, Jovard et Levet, de Bonne, et Montfort de Lossy, et moi-même, nous sommes à la même
      compagnie<sup>(5)</sup>. Je pense que tu as reçu la carte que je t’ai envoyée mardi..</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Je serais bien content d’avoir de tes nouvelles. Es-tu guérie ? Et comment t’en tires-tu toute seule? Dis-moi aussi ce qui se passe chez nous, si on a déjà
      pris le cheval<sup>(6)</sup>, et comment vous vous arrangez les uns et les autres<sup>(7)</sup>. En attendant de tes nouvelles, je t’embrasse bien fort ainsi que le petit Lucien »</span></em>
    </div><br>
  </blockquote>
  <div style="text-align: center;">
    <table border="0">
      <tbody style="text-align: left;">
        <tr style="text-align: left;">
          <td style="text-align: left;">
            <a onclick="window.open(this, 'Marsouin', 'width=250,height=700'); return false;" name="http://idata.over-blog.com/0/50/69/92//Marsouin-St-Irenee.jpg" href=
            "http://idata.over-blog.com/0/50/69/92//Marsouin-St-Irenee.jpg"><img width="599" src="http://idata.over-blog.com/0/50/69/92//fort-st-irenee-001.jpg" height="389" class=
            "CtreTexte"></a><b><br></b>
            <div style="text-align: center;">
              <b>Le fort St Irénée sur une carte postale envoyée en 1915</b><br>
              Les soldats portent tous le patelot d'infanterie de marine et le ceinturon caracteristique<br>
              Le port des epaulettes suggere une photo du tout debut XXe<br>
              (cliquer pour agrandir) (<em>Farges ed. coll auteur</em>)
            </div>
          </td>
        </tr>
      </tbody>
    </table>
  </div>
  <blockquote style="margin-right: 0px;" dir="ltr">
    <br>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Lettre du 15 août</span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">« Comme tu ne m’envoies aucune nouvelle, je suis inquiet. Est-ce que par hasard tu n’aurais pas reçu ma dernière lettre? Ou serais-tu dans l’impossibilité de
      m’écrire ? J’ai grand peur que tu sois malade. Si tu ne peux pas écrire toi-même, fais donc faire ta lettre par <span>quelqu’un d’autre afin que je sache au moins des nouvelles de la maison. Il
      est vrai que toutes les lettres arrivent avec beaucoup de retard, et même qui se perdent par rapport à la mobilisation qui est par bonheur à peu près terminée.</span></span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Ne sois pas trop inquiète pour moi, car je crois que nous resterons <span>à Lyon. Je fais partie d’une compagnie de dépôt qui doit rester pour garder la
      ville, mais notre régiment actif est déjà parti en Alsace. Enfin prends patience et tâche de m’envoyer de tes nouvelles.</span></span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Ton <span>Eugène qui pense à toi et au petit Lucien nuit et jour, et vous embrasse tous les deux...&nbsp;»</span></span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Lettre du 19 août</span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">« Je m’empresse de te répondre pour te dire que j’ai reçu ta lettre lundi; elle est restée six jours en route.&nbsp;</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Tu ne m’as pas dit si tu avais fait rentrer l’avoine.</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Quant au blé et au foin, tu peux en vendre.&nbsp;</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Est-ce que tu as reçu des nouvelles de chez vous?<sup>(8)</sup></span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Tu m’as bien fait de la peine en me disant que tu souffrais toujours. Si cela dure trop longtemps, tu seras peut-être obligée d’aller chez vous. Qu’est-ce que
      tu feras toute seule dans l’état où tu es? Enfin réfléchis à ce que tu as de mieux a faire... »</span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Lettre du 23 août</span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <span style="font-size: 10pt;">« <em>J’ai bien reçu tes deux lettres ainsi que ta carte. Cela me fait bien plaisir d’avoir de tes nouvelles : je les conserve pour me tenir compagnie en ce
      moment de malheur.&nbsp;En cas que nous changions de garnison, n’oublie pas de mettre sur l’adresse: « à suivre ».&nbsp;Prends courage. Ne te fais pas trop de chagrin et songe que nous nous
      reverrons, et que nous serons heureux d’avoir contribué <span>à la défense de notre pays... »&nbsp;</span></em></span>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Lettre du 12 septembre<sup>(9)</sup></span></em>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <span style="font-size: 10pt;">« <em>... En attendant que je puisse faire mieux, je t’écris ces deux mots sur ce modeste bout de papier, car il n’est pas facile de s’en procurer d’autres. Sois
      tranquille quant à moi, et que ces deux lignes te trouvent en bonne santé. Ton mari qui pense nuit et jour à toi ainsi qu’à notre petit Lucien…&nbsp;</em>»</span>
    </div>
    <div>
      &nbsp;
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Lettre du 20 septembre<sup>(10)</sup></span></em>
    </div>
    <div>
      <span style="font-size: 10pt;">«<em>&nbsp;Je m’empresse de t’envoyer ce bout de lettre pour te dire que je suis toujours en bonne santé. Tu me pardonneras si je ne t’ai pas écrit plus souvent.
      Je ne le pouvais pas, ne possédant pas de papier et impossible de s’en procurer.</em></span>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Enfin mieux vaut tard que jamais, et cette fois, j’espère que tu me donneras de tes nouvelles au plus vite, car je brûle de les recevoir, vu qu’il y a un mois
      que je n’en ai pas reçu. Chère femme, fais comme moi, prends courage et espérons que bientôt nous aurons le plaisir de nous retrouver.</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Je suis très inquiet de savoir comment tu te portes et comment tu t’en tires toute seule. Pas une minute ne se passe sans que je pense a toi ainsi qu’à notre
      cher petit Lucien,</span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Envoie-moi donc de tes nouvelles, s’il est possible. Cela me tranquillisera un peu jusqu’à mon retour, car il m’est si cruel d’être sans nouvelles de toi.
      Envoie-moi également des nouvelles <span>du pays, pour savoir comment ça se passe, et ce que vous faites en ce moment. Comment François se porte-t-il au régiment?</span></span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Je ne sais pas que te dire de plus <span>pour le moment, car il est défendu de dire exactement où on est. J’ai changé de compagnie, j’ai quitté la 24e
      compagnie pour la 7 .</span></span></em>
    </div>
    <div>
      <em><span style="font-size: 10pt;">Si tu peux <span>m’envoyer un peu d’argent dans quelques jours, cela me ferait bien plaisir, quoique j’aie bien ménagé celui que j’avais
      emporté.</span></span></em>
    </div>
    <div>
      <span style="font-size: 10pt;"><em>Alors, ma chère Angèle, je te dis adieu en attendant de te <span>revoir...</span></em> ».</span>
    </div>
  </blockquote>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <em><span style="font-size: 10pt;"><b>L’obsession du mobilisé</b></span></em>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Ces six lettres de <span>mon père, simples et banales dans leur formulation, sont pourtant chargées d’émotion, Il ne manque ni d’amour pour les siens, ni d’amitié
    pour ses voisins, ni d’intérêt pour ce qui se passe à Couvette, à Fillinges, Scientrier... Il éprouve un besoin lancinant de rester en contact avec la vie, la vraie, celle qu’il a quittée depuis
    bientôt deux mois. Il est obsédé par la situation dramatique de son épouse fatiguée, accablée de soucis et seule, il pense travaux qui ne peuvent être effectués, au sort de « Bijou », son cheval
    qui a risqué la réquisition...</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Au moment où il écrit sa lettre du 20 septembre, il n’a plus qu’une semaine à vivre... <span>Quant à son épouse qui accouchera un mois et demi plus tard, elle
    s’installera fin novembre chez ses parents, à Scientrier, en emmenant ses deux enfants, le cheval et une vache. Mais elle reprendra sa place à Couvette vers la mi-mars 1915, poursuivant avec un
    courage exceptionnel son combat pour la vie.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><b><em>La brève rencontre de deux</em></b> <b>« <em>pays</em> » <em>dans une zone de combats</em></b></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">C’est un jour de la mi-septembre <span>1914, dans un secteur de la grande forêt Rambervillers<sup>(11)</sup>. Un groupe de soldats cantonne dans les parages. Parmi
    eux, Edouard Déluermoz, un cultivateur d’une quarantaine d’années qui habite le lieu-dit La Tire, tout près de Couvette. Il suit distraitement le passage d’un détachement de l’infanterie
    coloniale. Tout&nbsp;à coup, un cri en jaillit : « <em>Tiens, Edouard&nbsp;!...&nbsp;</em>». Un fantassin s’approche de lui : ses vêtements crottés et sa barbe hirsute le rendent
    méconnaissable... Cependant l’hésitation ne dure que quelques secondes: « <em>Pas possible, mais c’est Eugène !...</em> » s’écrie Edouard. Les premiers et rapides propos échangés, mon père évoque
    les jours terribles que sa compagnie vient de vivre, les tirs meurtriers qu’elle a essuyés... Il montre à son ami son képi et son paquetage troués par des balles. Visiblement démoralisé, il le
    quitte sur ces mots: « <em>On nous mène à l’abattoir... Nous ne reverrons pas notre Fillinges.. Adieu, Edouard !...</em> »<sup>(12)</sup></span></span>
  </div>
  <div>
    <b><em><span style="font-size: 10pt;">Mauvaise nouvelle</span></em></b>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Les mois passent, - un an peut-être - et <span>pas la moindre nouvelle de l’absent depuis la lettre du 20 septembre. Un jour, ma mère reçoit la visite de Levet, de
    Bonne, qui avait été affecté au même régiment que mon père, mais dans une autre compagnie. Ma mère lui fait part de son angoisse. Levet lui enlève tout espoir: « <em>Ma pauvre fille, ne compte
    pas revoir Eugène...</em> ». Et il rapporte ce qu’il a entendu dire. Mon père aurait été enterré vivant : « <em>un obus avait creusé un grand trou, un autre l’avait comblé...</em>
    »<sup>(13)</sup></span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <b><em><span style="font-size: 10pt;">L’avis officiel du décès</span></em></b>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Vers <span>le milieu de l’année 1916, ma mère reçoit la visite de François Cheneval, maire de Fillinges, et de Louis Decroux, garde-champêtre. La scène se passe
    dans la cuisine, dont je revois la table faite par mon père et « l’arche », c’est-à-dire le grand coffre à blé avec son couvercle incliné, auquel mon grand-père tenait beaucoup...</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Avec gravité, compassion, et quelque <span>gêne aussi, les visiteurs remettent à ma mère l’avis officiel de disparition de mon père, - avis établi le 21 avril 1916
    et ainsi conçu :&nbsp;</span></span>
  </div>
  <div>
    <em><span style="font-size: 10pt;">« <span>Le soldat Bajulaz Eugène a disparu le 28 septembre 1914 à Loupmont (Meuse).</span></span></em>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><em>Inscrit au</em> <em>tableau <span>officiel à titre posthume:</span></em></span>
  </div>
  <div>
    <em><span style="font-size: 10pt;">Médaille militaire</span></em>
  </div>
  <div>
    <em><span style="font-size: 10pt;">Croix <span>de guerre avec étoile de bronze</span></span></em>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><em>Brave soldat. Tombé glorieusement pour la</em> <em>France <span>le 28 septembre 1914 à Loupmont (Meuse) »</span></em></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">Je revois <span>le maire et le garde-champêtre restés debout, et surtout ma mère effondrée sur une chaise, le visage inondé de larmes, et tenant dans sa main droite
    l’avis officiel.</span></span>
  </div>
  <div>
    &nbsp;
  </div>
  <div>
    <hr>
  </div>
  <div>
    <span><b><span style="font-size: 10pt;">Notes</span></b></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(1) Le "journal" était une mesure agraire couramment utilisée, qui valait dans notre région 29 ares 48 centiares.</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(2) La valeur du franc suisse ayant baissé au début de la guerre de 1914, ma mère se hâta de troquer ce billet contre des francs français.</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(3) De fait, ma soeur Clara est née le 3 novembre 1914</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(4) Les mobilisés n’ont pas encore reçu leur tenue militaire,</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(5) Mon père et ses camarades sont affectés au 6 régiment d’infanterie coloniale, 26<sup>e</sup> compagnie. Par la suite, <span>mon père sera affecté à la
    24<sup>e</sup>, puis à la 7<sup>e</sup> compagnie.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(6) Allusion à la réquisition des chevaux, Le nôtre nous sera laissé.</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(7) Nos voisins se montrèrent très solidaires. Par ailleurs, ma mère embaucha quelques ouvriers pour les <span>gros travaux.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span>(8) Eugène demande à Angèle des nouvelles de ses parents qui demeurent à Scientrier et de son frère Francois qui est mobilisé.</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(9) La lettre du 12 septembre est écrite au crayon, sur un morceau de papier d’emballage de 15 cm de long <span>et 14 cm de large, la correspondance d’un côté, et
    l’adresse de l’autre. Il rappelle son adresse postale « Dépôt de Lyon », mais il est certain qu’il a quitté la cité rhodanienne pour une zone de combats</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(10) La lettre du 20 est également écrite au crayon, sur un mauvais papier déchiré, mais elle est envoyée sous enveloppe. La date est précédée du nom "Péronne",
    mais celui-ci est soigneusement barré. Est-ce à la fois pour respecter la consigne militaire et ne pas inquiéter son épouse? C'est probable.</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">(11) Rambervillers est un chef-lieu de canton du département des <span>Vosges, situé au nord de la grande forêt qui porte son nom.&nbsp;</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span>(12) C'est Edouard Déluermoz qui, revenu sain et sauf de la guerre, nous rapportera ces détails</span></span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;"><span>(13) Levet fit cette visite au cours d'une permission. Il fut tué quelque temps après avoir rejoint son unité.</span></span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 09 Dec 2006 23:48:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">b86e18177cbccf4620e0aa1e334661d9</guid>
                <category>Pourquoi</category>        <comments>http://www.6e-ric.info/article-4792483-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Pourquoi ce blog]]></title>
        <link>http://www.6e-ric.info/article-pourquoi-ce-blog-47697529.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 10pt;">Car&nbsp;le 28 septembre 1914, à Loupmont dans la Meuse, la vie d'un homme jusque là heureux s'est arrêtée. Qu'est-il devenu ? Nul ne le sait vraiment. Les gars de
    sa section ont raconté plus tard qu'un obus allemand avait creusé un trou et qu'un autre l'avait rebouché. C'est court comme oraison funèbre.<br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Car&nbsp;cet homme était mon arrière grand père. Je ne l'ai pas connu, sa fille non plus d'ailleurs, elle naitra quelque mois après. Mais son absence et cette fin
    ont marqué son fils, alors âgé de trois ans, plus que ces quelques lignes ne sauraient l'exprimer. Et ce fils, mon grand père, a été une des lumières de mon enfance. Lui aussi s'en est allé
    depuis.<br>
    <br>
    Car, avec ce petit site, avec les moyens du vingt et unième siècle, je voudrais maintenir la mémoire d'Eugène en souvenir de Lucien, de Clara et d'Angèle.<br>
    <br></span><span style="font-size: 10pt;">Car, enfin,&nbsp;je ne peux penser à cette époque, sans revoir Henri, le vieux Colonel de Lyon,&nbsp;St Cyrien promotion 14. Il m'a transmis une certaine
    idée de la France, pour laquelle des hommes ont su mourir. Claudius, son beau frère, victime de l'inutile offensive vers Mulhouse en est un. Il avait 22 ans. Une page lui est ici consacrée, il le
    mérite.</span><!-- Copyright -->
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Mon, 28 Sep 1914 00:00:00 +0000</pubDate>        <guid isPermaLink="false">b82991a8148f7f6633931abb508d9398</guid>
                <category>Pourquoi</category>        <comments>http://www.6e-ric.info/article-pourquoi-ce-blog-47697529-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Mémoire des hommes]]></title>
        <link>http://www.6e-ric.info/article-4794116.html</link>        <description><![CDATA[<p><font size="2">Passage oblig&eacute; du chercheur de m&eacute;moire 1914, le site m&eacute;moire des hommes</font></p>
<p><strong><font size="2">Eugene Bajulaz <a href="http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&amp;_Lg=fr&amp;_Fiche=4iOWUIhSTgOecxIEHGCWEQ==&amp;_C=879912956"><font color="#ffff99" size="1">http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&amp;_Lg=fr&amp;_Fiche=4iOWUIhSTgOecxIEHGCWEQ==&amp;_C=879912956</font></a></font></strong></p>
<p><strong><font size="2">Jean Marie Levet <a href="http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&amp;_Lg=fr&amp;_Fiche=vilwVsZTYgOwdX4GMGJ6EQ==&amp;_C=434599067"><font color="#ffff99" size="1">http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/php/fiche_popup.php?_Base=MPF1418&amp;_Lg=fr&amp;_Fiche=vilwVsZTYgOwdX4GMGJ6EQ==&amp;_C=434599067</font></a></font></strong></p>
<p><font size="2">Louis Bajulaz, Jovard et Montfort ont du s'en sortir...</font></p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 09 Dec 1869 16:44:51 +0009</pubDate>        <guid isPermaLink="false">dc3f45f9e31fa7d45f86b79e5b8be12f</guid>
                <category>Pourquoi</category>        <comments>http://www.6e-ric.info/article-4794116-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
 </channel>

</rss>
