le blog 6eric
« Il s’est conduit en héros ! Malheureusement la mitraille ne respecte pas le
courage »
C. Marthay
Lettre à GP du 16 octobre 1914
Avant guerre
Claudius est né le 1er avril 1892 à Couches en Saone et Loire. Il est enfant de troupe à l'école de Montreuil et s'engage pour cinq ans
le 1er avril 1910 comme soldat au 35eme RI de Belfort.
Il y passe tous les grades pour être nommé Sergent le 25 juin 1912. Les appréciations de son dossier sont très élogieuses.
Une photo le représente, fier et droit, au milieu des hommes de sa section dans un bois enneigé. Il est grand (1m77), les cheveux châtains, les yeux marron clair. Sa fiche décrit également un front moyen, pour un visage long et un nez long et sinueux...
Malgré son jeune age, souligné par ses officiers, il est proposé à l’école militaire d'infanterie de Saint Maixent en 1913. Le colonel de Mac-Mahon, commandant le
35e RI, indique dans son dossier:
Energique, rigoureux, très instruit du point de vu militaire, ayant une bonne instruction générale, une belle attitude devant la troupe, Picard est un très
bon candidat à l'Ecole militaire d'infanterie.
Ses colonel, général de brigade, général de division et commandant de corps d'armée lui confèrent tous une note comprise en 17 et 19 sur 20. Il passe donc
aspirant le 1er octobre 1913 a St Maixent. Là, il se lie avec Gaston Gaïtella (Sous lieutenant au 23e RI, il tombera capitaine au
Hartmanswillerkopf (le Vieil Armand) le 22 décembre 1915).
L’entrée en guerre
A la déclaration de guerre, Claudius rejoint son régiment, comme sous-lieutenant (nommé le 2 aout 1914 - il n'apparait donc pas dans l'organigramme du JMO en date
du 31 juillet 1914), chef de section : il commande la 4eme section du 2eme bataillon, 8eme Compagnie. Son
chef de bataillon est le commandant Engelhart et son capitaine le capitaine Le Lorrain.
Le JMO signale son arrivée au corps le 3 août mais Claudius affirme l'avoir retrouvé le 4 août. Le 5, probablement le matin, il écrit sa dernière lettre à sa
mère depuis Eguenigue (non loin de Belfort) :
Eguenigue le 5 août 1914
Ma chère maman
J’ai rejoint hier soir mon régiment en 1ère ligne à quelque km de la frontière. J’ai entendu déjà les premiers coups de feu, mais pour ma part je
n’ai encore rien vu.
Devant nous tout est calme à part quelques patrouilles ennemies qui sont venues nous embêter et se sont fait descendre ou prendre. De notre coté, le calme règne
et on attend avec impatience l’ordre de franchissement de la frontière. Ce sera parait-il pour cette après midi. Ce n’est pas trop tôt, nos hommes commencent à s’impatienter. Ah ! Quels bons
soldats ! Avec un tel enthousiasme et un tel calme de leur part on peut tout oser.
Nous sommes prêts, effectif complet. Les vivres arrivent avec régularité. Jamais troupe ne fut si heureuse. Je viens de traverser la France d’un bout à l’autre.
Partout c’est un enthousiasme indescriptible ; à Paris nous avons été embrassés, portés en triomphe. Tout le monde part, c’est la véritable levée en masse de 92. Les vieux, les jeunes tous
s’en vont calmes et résolus. Dans les gares, pas d’affolement pas de sabotage. Tout marche avec régularité et calme. C’est merveilleux, chacun est à son poste avec conscience et confiance. Plus
de dissensions politiques, j’ai vu des socialistes venir embrasser des curés, j’ai vu des insoumis, des anciens déserteurs qui venaient se faire incorporer et je ne compte pas la quantité
d’étrangers qui s’engagent. Des choses qui doivent assurer la confiance réciproque entre le pays et l’armée.
A Belfort, tout le monde est prêt et c’est pourquoi nous comptons franchir la frontière ce soir. Devant nous il n’y a qu’un faible rideau allemand que nous
allons bousculer. Chacun se voit déjà à Mulhouse.
Du courage ma chère maman, ne crains rien pour moi, j’ai le pressentiment que je reviendrai. C’est pour moi une belle entrée dans la carrière d’officier que
cette campagne.
[Note familiale]
Ne m’en veut pas ma chère maman d’être joyeux d’être en première ligne, cela doit se comprendre. Mon affection est toujours aussi grande pour vous tous. J’ai
votre photographie sur moi, elle me réconfortera quand j’en aurai besoin.
Embrasse [citation de tous les membres de la famille]. Dis leur que je pense à eux.
Je suis très calme et j’ai confiance. Allons du courage et mille baisers de ton fils qui vous aime bien
Claudius
PS J’ai payé toutes mes dettes à St Maixent ou je ne dois plus un sou
Ci-joint un modèle s’y conformer le plus possible pour adresse
A partir du 4 août le régiment opère des reconnaissances à la frontière et enregistre sa première perte (Soldat Beaupré) le 6 août. L’offensive démarre le 7 août vers Cernay. Claudius participe à la prise de Burnhaupt‑le‑Bas que le 2e bataillon du 35e RI, soutenu par le 3e, enlève malgré la défense de deux bataillons du 112e régiment d’infanterie badois. Le régiment perd 7 tués et 44 blessés dans cet engagement. Mulhouse et les combats de Riedisheim Le 8 août, c’est la prise de Mulhouse. Le deuxième bataillon du 35e marche en tête en raison de son comportement les jours précédents lors de l’entrée en ville vers 7 heures du soir. Le JMO ne mentionne rien de particulier lors de cette entrée. Claudius passe la nuit avec son bataillon au bivouac dans un terrain vague à proximité de l'usine Schlumberger. Au matin du 9 août, le 35e se rassemble, face au nord, sur le plateau de Riedisheim. Le 2e Bataillon forme la réserve à Riedisheim
Les lieux de l’action le 9 août
Au premier plan le chemin de fer de ceinture, la ligne
Mulhouse-Bâle, puis la route de Bâle.
En haut à gauche le pont de chemin de fer enjambant le canal du Rhône-au-Rhin et l’usine Foltzer, en haut à droite, la
station de pompage d’eau de Riedisheim et, au fond, les maisons de l’Ile-Napoléon.
Source :
“Le 9 août 1914 — Violents combats de rues à Riedisheim” Roger Kieny et René Muller, in Bulletin de la Société d’Histoire de Rieidisheim n° 2 / 1974
Souvenir du Sous Lieutenant Claudius Picard
Ici repose avec dieu
Lieutenant
Picard Claude
Tombé le 9 août 1914 Il est ensuite transféré au cimetière catholique de Mulhouse en 1924. En 1972, sa tombe est déplacée au Cimetière National de Tiefengraben à Mulhouse, Tombe 93, carré C, Rangée 9 (aujourd’hui cimetière militaire des Vallons).
Une photo le représente, fier et droit, au milieu des hommes de sa section dans un bois enneigé. Il est grand (1m77), les cheveux châtains, les yeux marron clair. Sa fiche décrit également un front moyen, pour un visage long et un nez long et sinueux...
Malgré son jeune age, souligné par ses officiers, il est proposé à l’école militaire d'infanterie de Saint Maixent en 1913. Le colonel de Mac-Mahon, commandant le
35e RI, indique dans son dossier:
Energique, rigoureux, très instruit du point de vu militaire, ayant une bonne instruction générale, une belle attitude devant la troupe, Picard est un très
bon candidat à l'Ecole militaire d'infanterie.
Ses colonel, général de brigade, général de division et commandant de corps d'armée lui confèrent tous une note comprise en 17 et 19 sur 20. Il passe donc
aspirant le 1er octobre 1913 a St Maixent. Là, il se lie avec Gaston Gaïtella (Sous lieutenant au 23e RI, il tombera capitaine au
Hartmanswillerkopf (le Vieil Armand) le 22 décembre 1915).
L’entrée en guerre
A la déclaration de guerre, Claudius rejoint son régiment, comme sous-lieutenant (nommé le 2 aout 1914 - il n'apparait donc pas dans l'organigramme du JMO en date
du 31 juillet 1914), chef de section : il commande la 4eme section du 2eme bataillon, 8eme Compagnie. Son
chef de bataillon est le commandant Engelhart et son capitaine le capitaine Le Lorrain.
Le JMO signale son arrivée au corps le 3 août mais Claudius affirme l'avoir retrouvé le 4 août. Le 5, probablement le matin, il écrit sa dernière lettre à sa
mère depuis Eguenigue (non loin de Belfort) :
Eguenigue le 5 août 1914
Ma chère maman
J’ai rejoint hier soir mon régiment en 1ère ligne à quelque km de la frontière. J’ai entendu déjà les premiers coups de feu, mais pour ma part je
n’ai encore rien vu.
Devant nous tout est calme à part quelques patrouilles ennemies qui sont venues nous embêter et se sont fait descendre ou prendre. De notre coté, le calme règne
et on attend avec impatience l’ordre de franchissement de la frontière. Ce sera parait-il pour cette après midi. Ce n’est pas trop tôt, nos hommes commencent à s’impatienter. Ah ! Quels bons
soldats ! Avec un tel enthousiasme et un tel calme de leur part on peut tout oser.
Nous sommes prêts, effectif complet. Les vivres arrivent avec régularité. Jamais troupe ne fut si heureuse. Je viens de traverser la France d’un bout à l’autre.
Partout c’est un enthousiasme indescriptible ; à Paris nous avons été embrassés, portés en triomphe. Tout le monde part, c’est la véritable levée en masse de 92. Les vieux, les jeunes tous
s’en vont calmes et résolus. Dans les gares, pas d’affolement pas de sabotage. Tout marche avec régularité et calme. C’est merveilleux, chacun est à son poste avec conscience et confiance. Plus
de dissensions politiques, j’ai vu des socialistes venir embrasser des curés, j’ai vu des insoumis, des anciens déserteurs qui venaient se faire incorporer et je ne compte pas la quantité
d’étrangers qui s’engagent. Des choses qui doivent assurer la confiance réciproque entre le pays et l’armée.
A Belfort, tout le monde est prêt et c’est pourquoi nous comptons franchir la frontière ce soir. Devant nous il n’y a qu’un faible rideau allemand que nous
allons bousculer. Chacun se voit déjà à Mulhouse.
Du courage ma chère maman, ne crains rien pour moi, j’ai le pressentiment que je reviendrai. C’est pour moi une belle entrée dans la carrière d’officier que
cette campagne.
[Note familiale]
Ne m’en veut pas ma chère maman d’être joyeux d’être en première ligne, cela doit se comprendre. Mon affection est toujours aussi grande pour vous tous. J’ai
votre photographie sur moi, elle me réconfortera quand j’en aurai besoin.
Embrasse [citation de tous les membres de la famille]. Dis leur que je pense à eux.
Je suis très calme et j’ai confiance. Allons du courage et mille baisers de ton fils qui vous aime bien
Claudius
PS J’ai payé toutes mes dettes à St Maixent ou je ne dois plus un sou
Ci-joint un modèle s’y conformer le plus possible pour adresse
A partir du 4 août le régiment opère des reconnaissances à la frontière et enregistre sa première perte (Soldat Beaupré) le 6 août. L’offensive démarre le 7 août vers Cernay. Claudius participe à la prise de Burnhaupt‑le‑Bas que le 2e bataillon du 35e RI, soutenu par le 3e, enlève malgré la défense de deux bataillons du 112e régiment d’infanterie badois. Le régiment perd 7 tués et 44 blessés dans cet engagement. Mulhouse et les combats de Riedisheim Le 8 août, c’est la prise de Mulhouse. Le deuxième bataillon du 35e marche en tête en raison de son comportement les jours précédents lors de l’entrée en ville vers 7 heures du soir. Le JMO ne mentionne rien de particulier lors de cette entrée. Claudius passe la nuit avec son bataillon au bivouac dans un terrain vague à proximité de l'usine Schlumberger. Au matin du 9 août, le 35e se rassemble, face au nord, sur le plateau de Riedisheim. Le 2e Bataillon forme la réserve à Riedisheim
- la 84e brigade de Lahr (le 8e régiment d’infanterie badois (n° 169) de Lahr et II. Bataillon à Villingen et le 9e régiment d’infanterie badois (n°170) d’Offenburg et III. Bataillon à Donaueschingen) par le nord, Modenheim puis vers Riedisheim,
Source: Die Badener im Weltkrieg, Karlsruhe 1935
- la 58e Brigade de Mulhouse (le 4e régiment d’infanterie badois « Prinz Wilhelm » (n° 112) de Mulhouse (le régiment où Hermann Göring est lieutenant) et le 7e régiment d’infanterie badois (n° 142) à Mulhouse et Müllheim) qui attaque face à Rixheim
Les lieux de l’action le 9 août
Au premier plan le chemin de fer de ceinture, la ligne
Mulhouse-Bâle, puis la route de Bâle.
En haut à gauche le pont de chemin de fer enjambant le canal du Rhône-au-Rhin et l’usine Foltzer, en haut à droite, la
station de pompage d’eau de Riedisheim et, au fond, les maisons de l’Ile-Napoléon.
Source :“Le 9 août 1914 — Violents combats de rues à Riedisheim” Roger Kieny et René Muller, in Bulletin de la Société d’Histoire de Rieidisheim n° 2 / 1974
Henri Daguet, sergent au 35e RI est à coté de Claudius quand il est touché et rapporte ainsi la mort dans une lettre au frère de Claudius:
Le 9 aout, à Riedisheim, le bataillon était engagé dans l’après midi et avait pour mission de contenir une furieuse attaque allemande. Il était à peu près 9 heures du soir lorsque votre malheureux frère a été atteint d’une balle au front. J’étais à coté de lui à ce moment là. Il s’est affaissé lourdement, sans prononcer un mot. Je lui demandais s’il était blessé mais pas je n’obtins pas de réponse. Deux hommes le descendirent en bas du talus où nous étions installés mais la mort avait déjà fait son œuvre. Le 35e est encerclé et doit se replier en pleine nuit sur Mulhouse puis Dornach. Dans la confusion de la retraite, Claudius est laissé sur le terrain. L'historique du régiment est lapidaire sur l'action du 9-10 août : Dans la bataille acharnée, qui se livra sur les pentes de Riedisheim et au village de Rixheim, les Allemands laissèrent six mille morts sur le terrain. Finalement, devant la supériorité numérique de ces forces, il fallut se replier. L'annonce et la mortelle incertitude de la famille Sa mère était alors à Saint Etienne. Elle revenait de faire ses courses et remontait chez elle. Dans l'escalier un jeune facteur arrive en courant en lui disant "vous ne savez pas où habite Mme Picard, c'est un message pour elle, son fils a ét tué au front". Sous le choc, la malheureuse s'est assise sur les marches en pleurant. Mais un espoir demeure car les renseignements donnés à la famille sont contradictoires, le régiment donne Claudius pour mort, le ministère croit qu'il est blessé et prisonnier, la mairie de Belfort également. La famille envisage alors toutes les hypothèses, interrogeant la Croix Rouge, des correspondants en Suisse et, surtout, les camarades de Claudius. Les officiers commandant la compagnie et le bataillon ne savent rien des détails, ils ne peuvent rien confirmer. Ce n’est qu’en septembre-octobre que les premiers témoignages précis parviennent à la famille et notamment le témoignage du Sergent Daguet, sans appel.Le Kepi perforé (aux deux endroits marqués de papier)
par la balle fatale le 9 août 1914 (Coll. famille)
Des soldats de la compagnie de Claudius ont rapporté son képi percé à la famille. Celle-ci le conserve pieusement, avec sa montre, la plaque en bois de sa première tombe et un cadre comportant une boucle de ses cheveux d'enfant, sa plaque d'identité, son casoar rouge, sa légion d’honneur et sa croix de guerre. Celle-ci, vaine récompense, montre sa citation à l’ordre du corps d’armée le 29 août 1914 avec la mention « tué en chargeant l’ennemi à la baïonnette à la tête de sa section ». Il reçoit également la médaille militaire... trois médailles contre une vie de vingt-deux ans. Les archives du SHD de Vincennes conservent son dossier militaire, notamment son carnet d'officier, d'un beau rouge comme le pantalon de l'été 1914. Quelle émotion de le trouver comme neuf, personne ne l'ayant probablement ouvert depuis 1915. En tout neuf lignes résument son parcours qui se finit d'un sec "Tué à l'ennemi le 9 août 1914" en travers de la page et la signature des deux officiers cloturant le dossier. La sépulture Claudius reçoit une première sépulture avec quatre officiers français tués à Riedisheim ce jour là prêt du pont de Modenheim à Illzach. La plaque de sa tombe écrite en allemand (avec la date en français) nous est parvenue
Ici repose avec dieuLieutenant
Picard Claude
Tombé le 9 août 1914 Il est ensuite transféré au cimetière catholique de Mulhouse en 1924. En 1972, sa tombe est déplacée au Cimetière National de Tiefengraben à Mulhouse, Tombe 93, carré C, Rangée 9 (aujourd’hui cimetière militaire des Vallons).
Dim 9 aoû 1914
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