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JOURNAL DES MARCHES ET OPERATIONS
DU
6ème REGIMENT D'INFANTERIE COLONIALE
PENDANT
LA CAMPAGNE ENTREPRISE DU 7 AOUT 1914 AU 31 DECEMBRE 1916
EFFECTIF AU JOUR DU DEPART OFFICIERS
Etat Major
Colonel
Cortial
Lt Colonel
Bordeaux
Major
Malafosse Cap
Médecin Major
Dethève mm 1e cl
Officier de détails
Mangin lieut
Officier d'approvisionnement
Abéré _
Officier Service téléphonique
Polidori s/ lieut
Officier porte drapeau
Gédet s/ lieut
Mitrailleuses
1e section
s/ Lt Girardon
2e section
_ Colas des Francs
3e section
_ Jaudeau
1e Cie
Capitaine
Motte
Lieutenant
Kauffeisen
s/ Lieutenant
Renaudet
1er Bataillon
_ d°_ de R.
Foucart
Chef de Baton
2e Cie
Capitaine
Caumont
Dussault
Lieutenant
Berthier
Capitaine Adj Major
s/ Lieutenant
Charriot
Goetz
_ d°_ de R.
Herqué
Médecin
3e Cie
Capitaine
Souclier
Blandin
Lieutenant
Hugot
S/ Off de Cavie Adjt
s/ Lieutenant
de Bazelaire
Blauchet
_ d°_ de R.
Petion
4e Cie
Capitaine
Desplagnes
Lieutenant
Bon
s/ Lieutenant
Wild
_ d°_ de R.
Giraud
5e Cie
Capitaine
Boissonnas
Lieutenant
Pancrazi
s/ Lieutenant
de Bernardi Lt
2e Bataillon
_ d°_ de R.
Barrois
Chef de Baton
6e Cie
Capitaine
Reynes
Veron
Lieutenant
s/L Lecureux
Capitaine Adj Major
s/ Lieutenant
Leblond
Lebegue
_ d°_ de R.
Le Franc
Médecins
7e Cie
Capitaine
Richarmet
Astié - Barreau
Lieutenant
Le Bellour
S/ Off de Cavie Adjt
s/ Lieutenant
Métée
Langier
_ d°_ de R.
Martenot
8e Cie
Capitaine
Detchebarne
Lieutenant
Perriolat s/L
s/ Lieutenant
Barailler
_ d°_ de R.
Ollivier
9e Cie
Capitaine
Legras
Lieutenant
Bazin
s/ Lieutenant
Julia
3e Bataillon
_ d°_ de R.
Bordenave
Chef de Baton
10e Cie
Capitaine
Rousset
Huard Cpt
Lieutenant
Fize
Capitaine Adj Major
s/ Lieutenant
Fillette
Scheer
_ d°_ de R.
Demoulin
Médecins
11e Cie
Capitaine
Cros
Giudice
Lieutenant
Pompéani
S/ Off de Cavie Adjt
s/ Lieutenant
Pailloux
Paturle
_ d°_ de R.
Martin
12e Cie
Capitaine
Houri
Lieutenant
Petiot, Lousteau
s/ Lieutenant
Séry
_ d°_ de R.
EFFECTIF EN SOUS OFFICIERS ET HOMMES
De troupe 3332
NOMBE DE CHEVAUXDe Selle 159
De trait
Mulets 45
Date de mise en route : sept août 1914
(à 11 heures pour le 1er Bon et l'E.M.)
Point de concentration : Epinal
8 août 1914
Date de l'arrivée au point de concentration
Huit aout 1914 (à 7 h. 10)
Le 6e régiment d'Infanterie Coloniale (E.N.E.) fait partie
de la 1ère Armée
du 14e Corps d'Armée
de la Brigade Coloniale E.N.E.
Cantonnement du 6e régiment : E-M aux Archettes ; 1er Bataillon à Poucieux [Pouxeux], 2e Bataillon : 5e Cie à Arches, 6e, 7e, 8e Archettes, 3e Bataillon : non encore arrivé au point de concentration
Notification au corps de la prise de commandement en chef des armées de la République du Général Joffre, chef d'Etat Major Général
Notification au corps de la prise de commandement de la 1ère Armée du Général Dubail, (Quartier Général à Epinal jusqu'à nouvel ordre)
9 août 1914
Le 3e Bataillon du 6e régiment arrivé au point de concentration aujourd'hui à 7 heures, cantonnement à Pouxeux
10 août 1914
A 16h30 le régiment reçoit l'ordre de partir immédiatement dans la direction de Bruyères.
A 17h15, le 6e régiment quitte ses cantonnements et part.
11 août 1914
Arrivée aux cantonnements a 12 heures, le 1er Baton et l'E.M. à La Chapelle - le 2e Bon à Laveline, le 3e Bon à Aumontzey
12 août 1914
Repos dans les cantonnements du 11 août 1914. Notification au corps de l'ordre adressé aux troupes et au peuple belge par le roi Albert à l'occasion de la défense héroïque de Liège.
13 août 1914
La Brigade coloniale (6e régiment, 5e régiment et 1 groupe du 6e régt d'artillerie) passe au 13e Corps d'Armée suivant ordre de la 1ère Armée
Départ du régiment à 3 heures pour rejoindre le 13e Corps
Arrivée au cantonnement à 10h.30 - 1er, 2e Batons et Etat Major à Bru, 3e Bataillon à Rambervilliers
14 août 1914
Départ du régiment à 3 heures, Grande halte à Raon-l'Etape. A 17 heures, le régiment arrive à Pexonnes où les trois bataillons sont logés en cantonnement d'alerte.
15 août 1914
Départ du régiment dans la direction de Badonviller à 4 heures.
Le village de Badonviller est en ruines, brûlé par les troupes allemandes, des vieillards et des femmes ont été fusillés.
5 hussards dont un officier du régiment de Strasbourg sont trouvés dans le village et faits prisonniers
Le 6e régiment s'établit à 5h aux abords N de Badonviller, réserve d'armée. Départ à 12 heures par Petitmont pour une attaque éventuelle de Cirey, trouvé évacué
Le 2e et le 3e Bataillon A.P. campent sous les bois longeant la route de Cirey à Bertrambois à environ 2 kilomètres de Cirey ; le 1er Bataillon avec la Cie H.R. cantonnent à Cirey
16 août 1914
Le 16 à 5 heures, alerte aux A.P. par suite de méprise. Deux hommes tués, 5 blessés, 8 mulets tués par une patrouille d'un régiment d'infanterie voisin, le 5e Colonial.
Départ à 16h. pour Val et Chatillon (2 bataillons) et Saussenrupt (1er Bataillon). Cantonnements
17 août 1914
Départ à 6 heures. La Brigade coloniale, réserve d'Armée en position à 9 heures dans le thalweg de la Sarre, face à St Quirin. Cantonnement du régiment à la Frimbolle
18 août 1914
Départ de La Frimbolle à 9 heures. La Brigade Coloniale à laquelle est rattaché un groupe du 6e d'artillerie passe au 21e corps d'A. Cantonnement du régiment à Abreschwiller
19 août
Stationnement à Abreschwiller. Le 19 août au soir, le 1er bataillon du 6e est mis à la disposition du colonel commandant le 5e Colonial pour renforcer deux bataillons de ce dernier régiment qui sont accrochés le matin aux hauteurs boisées situées au N.-E. de Walscheid. Avançant sans guides, dans la nuit du 19 au 20 août pour remplir leur mission de soutien, les 3e et 4e Cies, assaillies à bout portant sous bois par un feu violent sont décimées.
Le 2e Bon à La Valette ; le 3e Bon à Munichoff [Munichshof] et St Léon
20 août 1914
Pendant que le 2e Bataillon est maintenu à La Valette à la disposition du général Ct le 21e Corps, la 1ère et la 2e compagnie du 1er bataillon ont pour mission de défendre concurremment avec un bataillon de chasseurs, les crêtes au sud du col de St Léon. Le 3e bataillon de son coté, qui avait été engagé dès le matin au Nord de Walscheid pour soutenir le mouvement de repli du 5e régiment, se trouve peu à peu ramené en arrière par des forces supérieures et s'établit à Munichof. Il y est bientôt rejoint par le 2e bataillon.
C'est alors que se produit, vers 16h, la ruée allemande vers le col de St Léon. Le village est bientôt aux mains de l'ennemi, qui gravit les crêtes au sud du col et prend en enfilade nos tranchées, une des premières balles blesse mortellement le colonel Cortial Ct le régiment
Tous les éléments disponibles sont rapidement ralliés et une furieuse contre attaque se lance contre l'ennemi.
Magnifiquement entrainés par le Commandant Dussaulx auquel étaient venues spontanément se joindre 3 compagnies de chasseurs (du 17e), nos hommes reprennent à la baïonnette, en un élan irrésistible, le col, le village et les glacis jusqu'au bas des pentes. Un bataillon du 158e arrive bientôt en renfort et le 20 au soir le régiment couche sur les positions. Deux officiers et 150 hommes du 131e régt d'infrie allemande restaient entre nos mains.
Mais les pertes avaient été rudes : outre le colonel Cortial mortellement blessé, trois officiers tués et six officiers blessés dont le capitaine Huard commandant le 3e bataillon, cinq officiers disparus, près de 500 hommes de troupe tués, blessés ou disparus.
S'étaient particulièrement distingués par leur bravoure et leur énergie, en première ligne, le Comt Dussault, le capitaine Hart puis le capitaine Detchebarne, gardant son commandement quoique blessé, le capitaine Boissonnas blessé et tant d'autres qu'il serait trop long de signaler. Une mention spéciale est cependant due aux tués, les capitaines Legras, Souclier et Desplagnes, touchés au premier rang à la tête de leur compagnie.
21 août
L'ordre de repli arrivé le 20 au soir s'exécute le 21 au matin par échelons, les fractions laissées en arrière (prises dans le 2e Baton) ayant à subir de rudes assauts.
Le 21 au soir, le régiment entier occupe de fortes tranchées étagées qu'il a construit au sud et à l'ouest de St Quirin. Après avoir couvert la retraite des divisions et fractions d'artillerie, restées en arrières il arrive le 22 au soir par une pénible marche de nuit à Badonviller.
22 août
Organisation défensive des hauteurs N.O. de Bréménil et bivouac aux positions
23 août
Repli sur Montigny, Merviller, Gélacourt. Alors que le régiment marchait sur Baccarat où était fixé le cantonnement et où il comptait se réorganiser, l'ordre était donné, à 10 heures, à 2 compagnies du 1er bataillon de s'arrêter à Montigny, face au nord, en soutien provisoire d'artillerie pendant que 2 autres compagnies avec le chef de Bon s'établissaient aux avant postes à Gélacourt. Peu après le 2ème bataillon était arrêté à Merviller et devait rebrousser chemin vers le nord pour dégager le 5e régiment colonial accroché à Montigny par des forces très supérieures. Le 3e bataillon de son coté restait en arrière dans les bois au nord de Baccarat.
Des actions isolées assez confuses mais très vives s'engagent de tous cotés. Les compagnies laissées à Montigny, très durement éprouvées en cadres et en hommes se replies mais seulement après avoir permis à l'artillerie de se dégager. Pertes très importantes partout ; les hommes extenués de faim et de fatigue donnent tous ce qu'ils peuvent mais déjà privés d'une partie de leurs cadres et des meilleurs éléments de la troupe (la plupart des rengagés ayant été fauchés dès le début) ils ne constituent déjà plus qu'un instrument bien imparfait.
Vers 13 heures, il devenait évident que l'adversaire préparait sur notre gauche un vaste mouvement tournant et le Lt colonel obtenait l'autorisation de disposer du 3e bataillon pour occuper la position de Criviller où de fortes trachées étaient aussitôt entreprises.
Le 23 au soir, aucun résultat décisif ne s'était produit sur le front.
24 août
Mais le 24 au matin l'ennemi manifestement supérieur en force et en fraicheur reprenait son offensive : après avoir bousculé, grâce à son artillerie et malgré une héroïque défense des deux compagnies Dussaulx, les positions de Gélacourt, il accentuait son mouvement vers la Meurthe. Les tranchées de Criviller arrêtaient quelques temps sa marche et lui infligeaient des pertes très sensibles ; à 14 heures cependant, il fallait se résoudre au repli général, qui, sous la protection du 3e bataillon, s'effectuait en ordre malgré le feu incessant de l'artillerie adverse.
Il est difficile ici encore de désigner nommément tous ceux dont la conduite fut particulièrement digne d'éloge. Au premier plan cependant, il convient de mettre encore une fois le commandant Dussaulx, légèrement blessé, pour sa résistance à Gélacourt, le commandant Véron, qui le 23 avait conduit à Merviller une brillante contre-attaque au secours du 5e régiment, le capitaine Detchebarne grièvement blessé pour la 2e fois, le capitaine Reynes tué, etc, etc.
Le 24 au soir les pertes globales du corps étaient les suivantes :
Tués
Blessés
Disparus
Total
Officiers
4
13
6
23
Hommes de troupes
70
346
182
598
25 août
L'état de fatigue des troupes dépasse à ce moment tout ce qu'on pourrait en dire : la viande, les légumes secs restent pour compte à la distribution, personne n'ayant le courage de les faires cuire.
Cependant il faudra encore, sans trêve et sans répit faire face à la poussée qui s'affirme toujours aussi résolue.
Le 25 au matin, après avoir été rapproché de Baccarat où se tentait une contre-attaque de nuit, le régiment était dirigé sur Ste Barbe puis recevait l'ordre de se poster sur Bazien qu'il devait attaquer d'abord à l'Est (attaque encadrée) puis seul pendant que d'autres troupes se portaient sur Ste Barbe. Un certain flottement se manifestait bientôt sur les lignes françaises. Le 2e bataillon était presque aussitôt pris en écharpe à sa droite par une fusillade nourrie tandis que le 3e à la gauche du 2e devait résister à des forces d'infanterie soutenue d'une vive canonnade. Pressés de toutes parts, ces deux unités devaient après une résistance acharnée, se replier pendant que le 1er bataillon se sacrifiait pour couvrir la retraite.
Pertes nouvelles
Officiers 2 tués, 6 blessés ; total 8
Hommes de troupe : 16 tués, 171 blessés, 46 disparus ; total 233
Le régiment se trouvait le soir scindé en deux parties, l'une à Rambervilliers, l'autre à Brut et St Benoît.
26 août
Le rassemblement s'opère le 26 à St Benoît où des tranchées sont aussitôt entreprises sur les hauteurs bordant le village au nord.
Vers 16 heures des troupes d'Infrie en retraite, traverse le village venant de l'Est et du N.E. Le régiment reçoit l'ordre de s'emparer de la cote 423 (sur la route sommière au N.E. de St Benoît) et de s'y établir.
Au moment où sa tête s'engageait dans le chemin qui va à St Benoît au point indiqué, une vive fusillade éclate, elle part des maisons à l'est du village dont les allemands se sont emparés par surprise. Les 1er et 2e bataillons font face aussitôt, se lance résolument sur l'adversaire et le poursuivent l'épée dans les reins jusqu'à la cote 423 où ils s'établissent. Ils avaient été aidés par le 3e baton qui se portant directement dans des tranchées sur 423 avait pris l'ennemi à revers et sur son flanc droit. Les forces allemandes qui s'élevaient à une brigade (112e et 142e régiment d'infanterie) avaient terriblement souffert. Outre de nombreux tués, presque tous à la baïonnette, une cinquantaine de prisonniers restaient entre nos mains. De notre coté, nous avions 4 officiers tués, trois blessés et 136 hommes tués, blessés ou disparus.
27 août
Le 27 est, à St Benoît, un jour de demi-tranquillité pour tout le régiment qui y cantonne.
28 août
Jusqu'à 16 heures le régiment reste en station à St Benoît. A cette heure, le 1er baton est envoyé à la Chipote en soutien de troupes d'infanterie mais se trouve bientôt isolé sur la position et ayant perdu son dernier capitaine grièvement blessé et un lieutenant tué, réduit à quatre officier, le 1er Bon doit se replier sur St Benoît. L'ennemi poursuivant, le 2e bataillon est détaché à sa rencontre pendant que le 2e bataillon organise la défense immédiate de St Benoît. A 18 heures, un bombardement violent d'artillerie lourde est dirigé sur St Benoît ; un chef de bataillon est grièvement blessé, un lieutenant tué, de très nombreux hommes sont atteints. La nuit arrête le bombardement et la fusillade. Le régiment cantonne en alerte à St Benoît.