Eugène Bajulaz pendant la
Grande Guerre
Source: Die Badener im Weltkrieg, Karlsruhe 1935
Soudain, le clairon sonne l'alerte. Il est 4 heures de l'après-midi. Pas gymnastique. Sac au dos. La fusillade tout près, vers l'est. Nous abandonnons nos vivres chez l'habitant où la soupe se prépare.Chantant la Marseillaise et le refrain du 35e : Tous gaillards ! Pas de traînards ! ; nous traversons les rues de Riedisheim. Pas un cri des civils inquiets ou étonnés : aller à la mort et chanter !Le canon. La fusillade plus proche. Inconsciemment nous pressons le pas. Au sortir du village, des champs, des maisons isolées. Le canal du Rhône au Rhin que nous franchissons et courant du nord-ouest au sud-est, la voie ferrée coupant la plaine. Pas gymnastique. Nous escaladons le remblai haut de trois à quatre mètres. Devant nous la plaine, des champs de blé fauchés, quelques arbres. Au fond, à droite, Rixheim ; en face les constructions de l'île Napoléon ; à l'arrière-plan, la forêt de la Harth.A 800-900 mètres, l'ennemi.En rangs serrés, ses sections franchissent un chemin en remblai, derrière lesquelles elles étaient massées ou traversent déjà, face à nous, la plaine entièrement découverte. Il est temps. Nous ouvrons un feu à répétition terrible. Par bonds, l'ennemi cherche à gagner sur sa gauche pour donner plus de champ à son déploiement. L'adjudant-chef, jumelles aux yeux, nous dit « Vous faites du bon, travail »Nous tirons toujours. Les sections allemandes franchissent maintenant la route, toutes déployées. Leurs bonds sont aussitôt arrêtés. Parfois un homme se lève, court à droite, à gauche : un chef qui voudrait faire avancer sa section anéantie. La revanche de Burnhaupt ! Les mitrailleuses du bataillon crachent sans arrêt et toujours et encore des ennemis débouchent du remblai. Dans la plaine, à droite, plus rien ne bouge...Le caporal Grillon est soigné au pied du talus : une syncope.Les batteries du 47 tonnent des hauteurs dominant Rixheim. Elles écrasent l'île Napoléon derrière laquelle l'ennemi a trouvé un cheminement. L'île est en feu et des nuages noirs montent dans le ciel. L'artillerie ennemie répond : son tir d'abord trop court inonde son infanterie de shrapnells. Au cinquième obus, elle atteint la crête. La terre y est soulevée par les gros percutants.Althuser et Blanc, deux caporaux de la section, roulent au bas du talus.Nous tirons toujours, posément, à l'abri du rail, comme au champ de tir de l'Arsot. La voiture de munitions est amenée au pied du talus : un jeune civil alsacien nous ravitaille en cartouches.Rafales courtes ; à chaque commandement, je vide mon magasin. Des tirailleurs ennemis avancent dans notre direction, à 600 mètres. Quelques-uns seulement atteignent des gerbes derrière lesquelles ils s'immobilisent.Althuser remonte à nos côtés. « Une balle a frappé le rail, dit-il. Des éclats m'ont touché à la joue, ainsi que Blanc. Rien de grave. »La fusillade fait rage sur toute la ligne. J'ai tiré déjà plus de 300 cartouches. Le capitaine Reuss appelle près de lui les meilleurs tireurs. Nous descendons quelques cavaliers arrêtés sur le pont du Canal. « Des officiers hors de combat », dit le Capitaine.La nuit commence à tomber. Tir moins précis. Feux de salves. Les incendies ajoutent une note lugubre au tableau. Notre pays, heureusement, ne verra pas de telles destructions !
Les lieux de l’action le 9 août
Au premier plan le chemin de fer de ceinture, la ligne
Mulhouse-Bâle, puis la route de Bâle.
En haut à gauche le pont de chemin de fer enjambant le canal du Rhône-au-Rhin et l’usine Foltzer, en haut à droite, la
station de pompage d’eau de Riedisheim et, au fond, les maisons de l’Ile-Napoléon.
Source :
“Le 9 août 1914 — Violents combats de rues à Riedisheim” Roger Kieny et René Muller, in Bulletin de la Société d’Histoire de Rieidisheim n° 2 / 1974 |
Dans la bataille acharnée, qui se livra sur les pentes de Riedisheim et au village de Rixheim, les Allemands laissèrent six mille morts sur le terrain. Finalement, devant la supériorité numérique de ces forces, il fallut se replier.
L'infanterie coloniale entre en guerre avec un uniforme en apparence proche de celle de l'infanterie métropolitaine.
Cependant, elle ne porte pas le pantalon garance (le fameux pantalon rouge) mais un pantalon bleu à passepoils rouge, assorti à sa capote "gris de fer bleuté" à deux rangées de boutons. Le fantassin colonial porte également les jambières en cuir.
Soldats des troupes coloniales en 1914
(source La Sabretache 1993)
Le soldat de gauche est un fantassin du 6e RIC. C'est dans cette tenue que le régiment d'active est parti à la déclaration de guerre. Numéros et ancre sont écarlates.
Son voisin porte une tenue de décembre 1914 au pantalon sans passepoils.
Les boutons portent l'ancre de marine. Le ceinturon est typique de la Marine, avec sa boucle carrée. (Photo objets ebay)
6e RIC en 1915 - Tenue de permission
(source La Sabretache 1993)
EN CONSTRUCTION
Grace à la grande toile, j'ai pu retrouver la trace du lieutenant Fritz Toennishen, par son neveu et son rôle dans l'histoire des brasseries d'Erlangen.
Fritz Toennishen est né vers 1880. Il était l'ainé de cinq enfants.
Il rejoint le K.B. 10 F.A.R. d'Erlangen à la mobilisation comme lieutenant à la 4. Batterie (II Abteilung) jusqu'au 1 juin 1916. A cette date il passe chef de cette batterie, avec le grade d'Oberleutnant de réserve jusqu'au 3 mars 1917. Il est ensuite nommé Batterieführer de la 9e batterie (III Abteilung) poste qu'il occupe jusqu'au 17 aout 1917, date à laquelle il est blessé face aux anglais. Il retrouve sa place le 29 septembre 1917 et l'occupe jusqu'au 5 novembre 1918. Il est alors affecté à la I Abteilung, 3e Batterie jusqu'à la démobilisation.
Après la guerre, il hérite d'une importante brasserie à Erlangen, la brasserie "ERICH BRÄU" (voir aussi ici) qu'il dirige pendant les difficiles années 1920. En 1930, Fritz Toennishen est acculé à la faillitte dans le contexte de l'hyperinflation mais aussi en raison de certaines spéculations malchanceuses.
La résidence de la famille a été convertie en restaurant ce qui permet de la visiter virtuellement !
Fritz Toennishen partit alors vivre à Plaüen en Thüringe où il travailla dans une bibliothèque.
Il mourut dans les années soixante.