Jeudi 9 décembre 1971 4 09 /12 /1971 14:05
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Contexte
 
Après la bataille de la Marne, le haut commandement allemand décide de pénétrer les Hauts de Meuse afin de tourner Verdun. Il envoie alors trois corps d'armée vers Saint Mihiel (le Ve Prussien, le IIIe Bavarois et le XIVe Badois). Le 24 septembre, Saint Mihiel est pris par les Bavarois.
 
Le haut commandement français décide alors de transférer certaines des divisions employées dans les Vosges pour contre-attaquer. La 2e brigade coloniale fait partie de ces troupes, au sein de la division Vassart. Voir le site du Chtimiste pour plus de précisions sur la bataille des hauts de Meuse et la Woëvre.
 
Montée au front
 
L'historique du 6e RIC nous apprend que le régiment débarque le 26 au soir à Toul. Il est dirigé immédiatement vers Gironville d'où partent les attaques des positions allemandes, situées vers Apremont et Loupmont.
 
La montée en ligne est longue. On en retrouve une évocation dans les « Carnets de campagnes » écrit par Pierre Michelin, alors commandant à titre provisoire d'un bataillon du 157e R.I. Son bataillon est également débarqué le 26 septembre à Toul mais au petit matin et il décrit alors la marche vers Raulecourt (qui se trouve à une distance de l'ennemi équivalente à celle de Gironville).
La marche est longue. Au milieu du jour la chaleur surprend, il y a des trainards ; dans certaines unités, des hommes s'arrêtent par groupes, contre qui les rangs ordonnés invectivent au passage.
 
Il y a la fatigue, naturellement ; il y a aussi la présence d'un renfort important de classes anciennes qui craignent de se casser.
Pour mémoire, on rappellera que le parcours de Lucéy à Gironville représente à peu-près 20 kilomètres, et qu'il faut encore compter une dizaine de kilomètres entre Gironville et Loupmont.  Le JMO indique que le 1er bataillon du 6e RIC est dirigé à l'attaque de Loupmont à 12h30. Le 6e RIC aura été moins chanceux que le 5e RIC : celui-ci aura une journée ou presque de repos après le train : embarquement le 25 septembre à 23h à Thaon, arrivée à Toul à 6h15, le 26 Cantonnement à Lagney à 10h15 et départ le 27 septembre à 4h pour Gironville, à 9h30, ils sont en route sur Apremont.
 
Imaginons un instant ces soldats du 2e bataillon du 6e RIC, déjà vétérans des durs combats de la Chipotte, usés par l'engagement au col de la Chipotte puis vers Pexonne, ayant pour certains combattus le 22 et le 23, qui doivent maintenant enchainer 30 km de marche pour rejoindre de Brû la  gare de Thaon, un trajet en train d'une douzaine d'heures (2h24 à 15h30 nous dit le JMO) puis marcher environ 19km de Lucey à Gironville avec le carré d'as au dos. L'épisode de la rencontre d'Edouard Deluermoz le prouve, le moral n'est pas élevé, ils ont peur de cette boucherie sans fin.
 
Les voilà donc en ce matin du 27 septembre, en terrain entierement découverts face à des positions naturellement favorables pour les allemands.  Quelle peur devait alors tenir ces pères de famille, réservistes agés de plus de 30 ans, avec une quinzaine d'officier pour commander un régiment ! Mais ils y sont tous montés à l'assaut.
 
Quelle chance avaient-ils ? Le terrain entre Gironville est plat, dégagé et couvert d'étangs et de marais. Les allemands sont retranché à Loupmont, appuyés par leur artillerie sur le Mont, et tiennent le bois de Guéréchamp pour un feu croisé sur les assaillants.
 
On voit sur ce cliché récent Loupmont et derrière, le Mont depuis la route et la côte 253, le départ de l'assaut du 27 septembre, à 1,5km de l'objectif.
 


Loupmont en novembre 2004
Le croisement vers la cote 253

 
 
Sur la carte dite d'état major de Commercy (EM 52), dont un extrait figure ci-dessous, les relévés de niveau montrent que l'on oscille partout entre 239 et 253 du village Gironville, à la route qui mène d'Apremont vers l'Est. Ce sera devant ce point, la cote 253, que le 6e RIC se retrancha à partir du 27 septembre, avance ultime avant la guerre de tranchées.
 
 
Sur cette photo, on voit quelle position redoutable Loupmont et le Mont pouvait constituer, dominant l'ensemble de la plaine d'où attaquaient les français. 
 

Loupmont et le Mont - 1915 ?
in Zwischen Maas und Mosel

 
Le 28 septembre, les allemands contre-attaquent par Apremont. Le JMO et l'historique du 5e RIC montrent que l'offensive débute à l'aube et, vers 6h, les allemands, débouchent par le ravin de Varneville et débordent les tranchées françaises qu'ils prennent à revers. L'attaque est accompagnée d'une intense préparation d'artillerie. Les tranchées françaises du 6e RIC, à la cote 253 sont sous le feu direct de l'artillerie lourde ennemie. Le JMO du 6e RIC ne mentionne pas l'attaque allemande, mais au contaire une nouvelle attaque de trois compagnies du régiment vers 3h du matin sur l'ouest de Loupmont.
 
Faisans partie d'une des compagnies de première ligne (la 7e du 2e bataillon), c'est très probablement  dans les lieux dits actuels du Chêne, des Lochères ou du Breuil qu'Eugène succombera: où exactement ? Dans la tranchée à 200 mètres du village? Quand ? Personne ne le sait plus aujourd'hui à ma connaissance.
 
La lecture des historiques des régiments allemands engagés les 27 et 28 septembre dans le secteur montre que Loupmont était en fait défendu par un dispositif assez léger, une compagnie du 21e régiment d'infanterie bavaroise avec en appui le train d'artillerie du Lieutenant de réserve Toennishen du 10é régiment d'artillerie de campagne bavarois.
 
Le 21e régiment d'infanterie bavarois a fort à faire pour contenir l'assaut de deux régiments français, le 163e RI sur le bois de Géréchamp et la Haute Charrière et le 6e RIC sur Loupmont (l'un au nord/est, l'autre à l'ouest de l'étang de Vargévaux.
 
Le 10e régiment d'artillerie de campagne couvre quant à lui Le Mont (à partir du 28 au matin) et le Montsec et le Gratin.
 
Ces régiments se battaient depuis déjà une dizaine de jour dans la pousée allemande vers Saint Mihiel.
 
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Jeudi 1 janvier 1970 4 01 /01 /1970 01:00
 

La fin d'Emile Dussaulx est assez triste et je voudrais qu'il sorte un peu de l'oubli, lui aussi.

Pour moi, son histoire est partie de là, à la date du 12 septembre des carnets du médecin aide-major Gautier, du 3e bataillon du 163e Régiment d’Infanterie (Merci Eric !)

« Nous sommes passés par Larifontaine criblé de trous d’obus et arrivons à St-Benoît. C’est ici l’image de la guerre dans toute son horreur : des combats acharnés s’y sont livrés. Tout est brûlé, l’église n’existe plus. Ce ne sont que ruines fumantes. Des cadavres carbonisés gisent partout ; l’un d’eux, celui d’un soldat allemand, gît au seuil d’une maison, transpercé par une baïonnette française encore fichée dans le corps. Nous découvrons le cadavre d’un commandant d’infanterie coloniale, abandonné dans une ferme et déjà noir et boursouflé. Le spectacle est hallucinant. Ce désert dans lequel nul n’a pénétré depuis plus de deux jours est peuplé de cadavres »

Hors ce cadavre ne peut être que celui d'Emile Dussaulx. Les historiques de régiment (5e et 6e RIC) nous disent que le seul autre commandant d'infanterie colonial tué à ce moment là est le Commandant Marie Emile Demarque. Mais celui-ci est décédé à l'hopital, comme le montre sa fiche Mémoire des Hommes. Le Commandant Dussaulx est bien mort sur le terrain le 3 septembre 1914, sa fiche le confirme. Il faudra la victoire de la Marne et 9 jours pour qu'on le retrouve...

J'ai depuis recherché ce nom sur internet, et je l'ai retrouvé... grâce à Google, sur le site de l'Harmattan.

Dussaulx était un colonial, un vrai d'Afrique, et qui a écrit de nombreuses lettres du Soudan lorsqu'il était jeune officier. « Œuvre d'un officier inconnu écrivant jour après jour aux siens, sans souci de publication, il laisse percer une sincérité et une spontanéité inhabituelles» dit la notice... C'est un livre passionnant sur la vie quotidienne d'un soldat seul dans un poste éloigné, à 80 kilomêtre du plus proche français, effectuant les tâches administratives les plus variées, luttant contre serpents et maladie et, surtout enviant la gloire de ses camarades à Madagascar.

Il repose désormais non loin de là où il est tombé, à la nécropole nationale "SAINT-BENOIT-LA-CHIPOTTE", tombe N° : 924.

Une rue à Xirocourt (54740), son village, situé à 50km de la Chipotte, porte aujourd'hui son nom.

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Mardi 9 décembre 1969 2 09 /12 /1969 23:00
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Après la bataille de la Marne, les armées allemandes se repositionnent. Le groupe d’armées von Strantz reçoit la mission d’occuper les hauteurs de la Meuse au sud de Verdun et d'y percer le front français.
 
Le troisième corps d’armée bavarois est assigné à ce groupe d’armée et va servir de fer de lance à l’offensive vers Saint Mihiel.
 
Le 23 septembre, le 21e régiment d’infanterie bavarois (K.B. 21 I.R.) occupe la route entre Loupmont et le Montsec et le bois de Géréchamps. La position s'étend sur six kilomètres, Le IIe bataillon est sur Le Mont et Loupmont. Le IIIe entre Loupmont, Le Montsec et le Bois de Géréchamps. La 7e compagnie occupe Loupmont et enferme tous les hommes dans l'église, à charge pour les femmes de les nourrir (historique du 21e régiment d’infanterie bavarois Erinnerungsblätter deutscher Regimenter, Bayerische Armee, Band 57, par le General Major a. D. Karl Reber, commandant du régiment du 10 septembre 1914 au 5 février 1917, Munich 1929). A gauche le K.B. 14 IR, à droite, sur Apremont, le K.B. 7 I.R.
Le 24, les troupes allemandes bousculent les français et atteignent Saint Mihiel. Renforcé de 5 officiers et de 96 hommes de la réserve, le régiment compte 50 officiers et 1800 hommes.
 
Le 25, ils sont attaqués par une reconnaissance du 20e régiment de chasseurs à cheval, qui perd un officier dans l’affaire.
 
Le 26 le soleil ne dissipe le brouillard que vers 12h. Le régiment subit quelques assauts qu’il repousse.
 
Le lendemain, sous un soleil radieux, dès la pointe du jour, les avant-postes voient se profiler l’attaque des français qui tentent d’avancer en se dissimulant comme ils peuvent dans le terrain découvert. Le feu du régiment les repousse vers Bouconville. Le régiment fait des prisonniers qui appartiennent au 163e régiment d’infanterie, à peine débarqué de Toul, dont un capitaine de Nice (Marcel Pagnol fut incorporé à ce régiment en décembre 1914). Le résumé de l'historique montre l'étendue des pertes françaises
Le 26 septembre, le Régiment attaque au sud de Raulencourt. Après quatre jours de combats d'une extrême violence, où il perd 600 hommes et 15 officiers, il atteint le Bois de Gerechamp, et s'installe à la lisière sud. Il a progressé de six kilomètres.
L’attaque se renouvelle vers midi, probablement cette fois avec le 6e RIC attaquant sur Loupmont. Le 21e régiment retranché à la lisière du bois, essuie le feu des shrapnells et grenades, mais tient bon. Les pertes sont sévères dans le IIIe bataillon notamment.
 
Le 28, le régiment, cette fois-ci appuyé de l’artillerie, repousse les attaques contre Le Mont. L'effort est terrible, comme en témoignent les pages 63 à 65 de l'historique du K.B. 10. F.A.R., (Erinnerungsblätter deutscher Regimenter, Bayerische Armee, Band 81, par l'Oberleutnant a. D. Georg Kalb, commandant du régiment entre 1917 et 1918, Munich, 1934)traduites ci-dessous (difficilement...). J'invite les germanophones à consulter le texte original et à me faire part de leurs suggestions.
 
Le train Toennieshen gagne une mention particulière pour ce jour-là et les précédents.
 
Du 28 septembre au 2 octobre, le train fut assigné à la 8ème compagnie du courageux capitaine Kohlmann du 21ème régiment d’infanterie. Cette compagnie occupait de ses faibles forces le village de Loupmont et subissait de fortes attaques de l’ennemi depuis le secteur de l’Etang de Vargévaux. Le train Toennieshen devait lui assurer un soutien d'artillerie et pour ce faire, se positionner sur la pente raide au nord-ouest de la place. La manière dont cette position a été installée doit être soulignée. La forêt dense et le manque de route carrossable à travers Le Mont ne permettaient pas de hisser les canons par les crêtes de la montagne. Aussi devait-on utiliser la route au sud passant par endroits devant la position de notre propre infanterie. Dès que l’obscurité fut tombée, le train partit de Varneville pour le dangereux voyage. Les hommes avançaient à coté des canons le révolver au poing, s’attendant à chaque instant à tomber sur une patrouille ennemie qui aurait pu sans effort abattre les attelages. Toutefois, après une marche sans incident le train arriva à Loupmont. Alors commença pour le Lieutenant Toennieshen et ses deux canons un épisode brillant de soutien d'infanterie.
 
De sa position dans un verger au dessus du village, dans une pente si raide que les canons devaient être attachés aux arbres derrière eux pour ne pas glisser au bas de la pente, il su d’une part obtenir une tel effet sur les tranchées ennemies et les positions d’artillerie fonctionnant la nuit, que l'adversaire ajustait bientôt ses tentatives d'attaque contre le village et, avec le jour, les hauteurs. D’autre part, il réussit à protéger son matériel et ses hommes du feu ennemi grâce au changement régulier de position des canons et un retrait a propos des pièces sous le proche couvert, tout en restant disposé à l’action. Ainsi, le train Toennishen était l'appui et le [Bertrauen] aux faibles forces de la compagnie du courageux Kohlmann, malgré toute l’étendue du secteur. Mais [Bertrauen um Betrauen] et le train tint aussi inébranlable dans sa position car le bois infranchissable interdisait tout retour à travers la montagne et aussi car quand les Français lancèrent encore de furieuses attaques de nuit contre la mince ligne du 21e et percèrent par l’effet de leur courage vers les canons qui leur faisaient tant de mal, alors que résonnait tout prêt du verger la voix de leurs chefs " En avant ! Montez là haut, prenez les canons!" et "Vous n'avez pas de courage ! Prenez les canons ! ", le capitaine Kohlmann rassemblait ses derniers 20 hommes et voix criait d’une voix perçante dans la nuit "Premier bataillon à droite, 7e et 8e compagnies. à gauche, marche, marche, hourra!" et rejettait à nouveau l'adversaire du village.
 
Dans cette fraternité d’armes, les deux petits détachements d’infanterie et d’artillerie ont monté la garde sur Le Mont.  Quand dans la nuit du 2 au 3 octobre, le train Toennieshen s’en est reparti par le même chemin que celui par lequel il était arrivé, entre amis et ennemis pour rejoindre sa section, il avait la joyeuse conviction d'avoir réalisé brillament le devoir des artilleurs, c’est-à-dire un infaillible soutien à l’infanterie. Il emportait vers son régiment les mots de vif remerciement des officiers et des soldats de la compagnie Kohlmann.
 
Le train du lieutenant Toennieshen n’enregistra que quatre blessés pendant la durée de son engagement malgré le feu violent, presque constant, jour et nuit, de l'artillerie et de l'infanterie ennemie. C'était aussi l’œuvre du médecin supérieur Dr. Reinmoeller, de la section II./10, qui est intervenu depuis les crêtes de Le Mont et, avec ses hommes, a permis le retrait des blessé du feu.
 
Du train Toennieshen se sont particulièrement distingué par leur comportement courageux à côté de leur brillant chef Einj. Uffz. Maner et Leon, Uffz. Schwarzbed, Gefr. Haffner et Huettel, Kanonier Pongratz et Stein et conducteur Brather, tous de la 4ème batterie.
 

Le départ vers le front du KB 10 FAR d'Erlangen en 1914
in Erlangen und seine Garnison 1868-1918 par Diethard Hennig
On voit au premier plan un train d'artillerie.
Le cavalier à l'arrière plan, indiqué par une croix, est le Capitaine Ernst Rinecker, commandant la 5e batterie, décédé le 10 octobre 1914 des suites d'une blessure à la tête
reçue le 1er octobre 1914 dans l'après midi lors de la préparation
d'une attaque française sur Loupmont

L'historique du 21e régiment témoigne même d'une certaine sympathie pour les soldats français tombant par dizaine devant leurs lignes. Il cite même (page 54) un prisonnier du 6e RIC qui témoigne en ces termes : 
Wir sind erst am 27. aus den Vogesen hierhergekommen, müssten angestrengt marschieren und bekamen zwei Tage nichts zu essen. Fast alle unsere activen Offiziere sind gefallen.
 
Nous sommes arrivés ici des Vosges le 27 et avons dû marcher immédiatement, sans avoir rien mangé depuis deux jours. Presque tous nos officiers d'active sont tombés.
L'historique indique en outre que les assauts français échouèrent à 600 mètres de Loupmont.
 

Les positions françaises vue depuis l'ouest du Mont
in Die Geschischte des K.B. 6 Feldartillerie Regiments par Heinz Uhl, Thüringen 1931
On voit très bien sur ce dessin la première partie de la zone découverte que les français on du traverser pour attaquer Loupmont (qui est masqué et serait à gauche)

 
Plus d'information sur le lieutenant Toennishen ici
 
Le capitaine Kohlmann du 21e ne survécût pas à cette bataille, succombant le 7 octobre 1914 à Bois Brulé. Il repose désormais au cimetière de Saint Mihiel.
 
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Dimanche 9 décembre 1917 7 09 /12 /1917 16:27
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Dimanche 9 août 1914 7 09 /08 /1914 00:00
 
« Il s’est conduit en héros ! Malheureusement la mitraille ne respecte pas le courage »
C. Marthay
Lettre à GP du 16 octobre 1914
Avant guerre
Claudius est né le 1er  avril 1892 à Couches en Saone et Loire. Il est enfant de troupe et s'engage le 1er avril 1910 comme soldat au 35eme  RI de Belfort. Il y passe tous les grades pour être nommé Sergent le 25 juin 1912. Une photo le représente, fier et droit, au milieu des hommes de sa section dans un bois enneigé.
 
Il part à l’école des sous-officiers de Saint Maixent où il passe aspirant le 1 octobre 1913. Là, il se lie avec Gaston Gaïtella (Sous lieutenant au 23e RI, il tombera capitaine au Hartmanswillerkopf (le Vieil Armand) le 22 décembre 1915).
 
L’entrée en guerre
A la déclaration de guerre, Claudius rejoint son régiment, comme sous-lieutenant (nommé le 2 aout 1914), chef de section : il commande la 4eme section du 2eme  bataillon, 8eme Compagnie.
Son chef de bataillon est le commandant Engelhart et son capitaine le capitaine Le Lorrain.
Claudius rejoint son régiment le 4 août à huit kilomètres de la frontière. Le 5, probablement le matin, il écrit sa dernière lettre à sa mère depuis Eguenigue (non loin de Belfort) :
Eguenigue le 5 août 1914
            Ma chère maman
J’ai rejoint hier soir mon régiment en 1ère ligne à quelque km de la frontière. J’ai entendu déjà les premiers coups de feu, mais pour ma part je n’ai encore rien vu.
Devant nous tout est calme à part quelques patrouilles ennemies qui sont venues nous embêter et se sont fait descendre ou prendre. De notre coté, le calme règne et on attend avec impatience l’ordre de franchissement de la frontière. Ce sera parait-il pour cette après midi. Ce n’est pas trop tôt, nos hommes commencent à s’impatienter. Ah ! Quels bons soldats ! Avec un tel enthousiasme et un tel calme de leur part on peut tout oser.
Nous sommes prêts, effectif complet. Les vivres arrivent avec régularité. Jamais troupe ne fut si heureuse. Je viens de traverser la France d’un bout à l’autre. Partout c’est un enthousiasme indescriptible ; à Paris nous avons été embrassés, portés en triomphe. Tout le monde part, c’est la véritable levée en masse de 92. Les vieux, les jeunes tous s’en vont calmes et résolus. Dans les gares, pas d’affolement pas de sabotage. Tout marche avec régularité et calme. C’est merveilleux, chacun est à son poste avec conscience et confiance. Plus de dissensions politiques, j’ai vu des socialistes venir embrasser des curés, j’ai vu des insoumis, des anciens déserteurs qui venaient se faire incorporer et je ne compte pas la quantité d’étrangers qui s’engagent. Des choses qui doivent assurer la confiance réciproque entre le pays et l’armée.
A Belfort, tout le monde est prêt et c’est pourquoi nous comptons franchir la frontière ce soir. Devant nous il n’y a qu’un faible rideau allemand que nous allons bousculer. Chacun se voit déjà à Mulhouse.
Du courage ma chère maman, ne crains rien pour moi, j’ai le pressentiment que je reviendrai. C’est pour moi une belle entrée dans la carrière d’officier que cette campagne.
[Note familiale]
Ne m’en veut pas ma chère maman d’être joyeux d’être en première ligne, cela doit se comprendre. Mon affection est toujours aussi grande pour vous tous. J’ai votre photographie sur moi, elle me réconfortera quand j’en aurai besoin.
Embrasse [citation de tous les membres de la famille]. Dis leur que je pense à eux.
Je suis très calme et j’ai confiance. Allons du courage et mille baisers de ton fils qui vous aime bien
 
Claudius
PS J’ai payé toutes mes dettes à St Maixent ou je ne dois plus un sou
Ci-joint un modèle s’y conformer le plus possible pour adresse
 
L’offensive démarre le 7 août vers Cernay. Claudius participe, apparemment brillamment à la prise de Burnhaupt‑le‑Bas et d’Altkirch que le 2e bataillon du 35e RI enlève malgré la défense de deux bataillons du 112e régiment d’infanterie badois.
Mulhouse et les combats de Riedisheim
Le 8 août, c’est la prise de Mulhouse. Le deuxième bataillon du 35e marche en tête en raison de son comportement les jours précédents lors de l’entrée en ville vers 6 heures du soir.
Au matin du 9 août, le 35e se rassemble, face au nord, sur le plateau de Riedisheim.
 

Source : A. Droz
Les allemands sortent vers 5 heures de la forêt de la Hardt et attaquent.
Deux brigades d’infanterie allemandes attaquent :
  • la 84e brigade de Lahr (le 8e régiment d’infanterie badois (n° 169) de Lahr et II. Bataillon à Villingen et le 9e régiment d’infanterie badois (n°170) d’Offenburg et III. Bataillon à Donaueschingen) par le nord, Modenheim puis vers Riedisheim,

 

Source: Die Badener im Weltkrieg, Karlsruhe 1935

  • la 58e Brigade de Mulhouse (le 4e régiment d’infanterie badois « Prinz Wilhelm » (n° 112) de Mulhouse (le régiment où Hermann Göring est lieutenant) et le 7e régiment d’infanterie badois (n° 142) à Mulhouse et Müllheim) qui attaque face à Rixheim
Le caporal Droz, de la septième compagnie, juste à coté de celle de Claudius raconte l'engagement:
Soudain, le clairon sonne l'alerte. Il est 4 heures de l'après-midi. Pas gymnastique. Sac au dos. La fusillade tout près, vers l'est. Nous abandonnons nos vivres chez l'habitant où la soupe se prépare.
Chantant la Marseillaise et le refrain du 35e : Tous gaillards ! Pas de traînards ! ; nous traversons les rues de Riedisheim. Pas un cri des civils inquiets ou étonnés : aller à la mort et chanter !         
Le canon. La fusillade plus proche. Inconsciemment nous pressons le pas. Au sortir du village, des champs, des maisons isolées. Le canal du Rhône au Rhin que nous franchissons et courant du nord-ouest au sud-est, la voie ferrée coupant la plaine. Pas gymnastique. Nous escaladons le remblai haut de trois à quatre mètres. Devant nous la plaine, des champs de blé fauchés, quelques arbres. Au fond, à droite, Rixheim ; en face les constructions de l'île Napoléon ; à l'arrière-plan, la forêt de la Harth.             
A 800-900 mètres, l'ennemi.
En rangs serrés, ses sections franchissent un chemin en remblai, derrière lesquelles elles étaient massées ou traversent déjà, face à nous, la plaine entièrement découverte. Il est temps. Nous ouvrons un feu à répétition terrible. Par bonds, l'ennemi cherche à gagner sur sa gauche pour donner plus de champ à son déploiement. L'adjudant-chef, jumelles aux yeux, nous dit « Vous faites du bon, travail »
Nous tirons toujours. Les sections allemandes franchissent maintenant la route, toutes déployées. Leurs bonds sont aussitôt arrêtés. Parfois un homme se lève, court à droite, à gauche : un chef qui voudrait faire avancer sa section anéantie. La revanche de Burnhaupt ! Les mitrailleuses du bataillon crachent sans arrêt et toujours et encore des ennemis débouchent du remblai. Dans la plaine, à droite, plus rien ne bouge...
Le caporal Grillon est soigné au pied du talus : une syncope.
Les batteries du 47 tonnent des hauteurs dominant Rixheim. Elles écrasent l'île Napoléon derrière laquelle l'ennemi a trouvé un cheminement. L'île est en feu et des nuages noirs montent dans le ciel. L'artillerie ennemie répond : son tir d'abord trop court inonde son infanterie de shrapnells. Au cinquième obus, elle atteint la crête. La terre y est soulevée par les gros percutants.
Althuser et Blanc, deux caporaux de la section, roulent au bas du talus.
Nous tirons toujours, posément, à l'abri du rail, comme au champ de tir de l'Arsot. La voiture de munitions est amenée au pied du talus : un jeune civil alsacien nous ravitaille en cartouches.
Rafales courtes ; à chaque commandement, je vide mon magasin. Des tirailleurs ennemis avancent dans notre direction, à 600 mètres. Quelques-uns seulement atteignent des gerbes derrière lesquelles ils s'immobilisent.
Althuser remonte à nos côtés. « Une balle a frappé le rail, dit-il. Des éclats m'ont touché à la joue, ainsi que Blanc. Rien de grave. »
La fusillade fait rage sur toute la ligne. J'ai tiré déjà plus de 300 cartouches. Le capitaine Reuss appelle près de lui les meilleurs tireurs. Nous descendons quelques cavaliers arrêtés sur le pont du Canal. « Des officiers hors de combat », dit le Capitaine.
La nuit commence à tomber. Tir moins précis. Feux de salves. Les incendies ajoutent une note lugubre au tableau. Notre pays, heureusement, ne verra pas de telles destructions !
 
Les lieux de l’action le 9 août
Au premier plan le chemin de fer de ceinture, la ligne Mulhouse-Bâle, puis la route de Bâle.
En haut à gauche le pont de chemin de fer enjambant le canal du Rhône-au-Rhin et l’usine Foltzer, en haut à droite, la station de pompage d’eau de Riedisheim et, au fond, les maisons de l’Ile-Napoléon.
Source :
“Le 9 août 1914 — Violents combats de rues à Riedisheim” Roger Kieny et René Muller, in Bulletin de la Société d’Histoire de Rieidisheim n° 2 / 1974

 

 
Henri Daguet, sergent au 35e RI est à coté de Claudius quand il est touché et rapporte ainsi la mort dans une lettre au frère de Claudius:
Le 9 aout, à Riedisheim, le bataillon était engagé dans l’après midi et avait pour mission de contenir une furieuse attaque allemande. Il était à peu près 9 heures du soir lorsque votre malheureux frère a été atteint d’une balle au front. J’étais à coté de lui à ce moment là. Il s’est affaissé lourdement, sans prononcer un mot. Je lui demandais s’il était blessé mais pas je n’obtins pas de réponse. Deux hommes le descendirent en bas du talus où nous étions installés mais la mort avait déjà fait son œuvre.
Le 35e est encerclé et doit se replier en pleine nuit sur Mulhouse puis Dornach. Dans la confusion de la retraite, Claudius est laissé sur le terrain.
L'historique du régiment est lapidaire sur l'action du 9-10 août :
Dans la bataille acharnée, qui se livra sur les pentes de Riedisheim et au village de Rixheim, les Allemands laissèrent six mille morts sur le terrain. Finalement, devant la supériorité numérique de ces forces, il fallut se replier.
L'annonce et la mortelle incertitude de la famille
Sa mère était alors à Saint Etienne.  Elle revenait de faire ses courses et remontait chez elle. Dans l'escalier un jeune facteur arrive en courant en lui disant "vous ne savez pas où habite Mme Picard, c'est un message pour elle, son fils a ét tué au front". Sous le choc, la malheureuse s'est assise sur les marches en pleurant.
Mais un espoir demeure car les renseignements donnés à la famille sont contradictoires, le régiment donne Claudius pour mort, le ministère croit qu'il est blessé et prisonnier, la mairie de Belfort également. La famille envisage alors toutes les hypothèses, interrogeant la Croix Rouge, des correspondants en Suisse et, surtout, les camarades de Claudius. Les officiers commandant la compagnie et le bataillon ne savent rien des détails, ils ne peuvent rien confirmer. Ce n’est qu’en septembre-octobre que les premiers témoignages précis parviennent à la famille et notamment le témoignage du Sergent Daguet, sans appel.
Des soldats de la compagnie de Claudius ont rapporté son képi percé à la famille. Celle-ci le conserve pieusement, avec sa montre, sa première plaque tombale et un cadre comportant une boucle de ses cheveux d'enfant, sa plaque d'identité, son casoar rouge, sa légion d’honneur et sa croix de guerre. Celle-ci, vaine récompense, montre sa citation à l’ordre du corps d’armée le 29 août 1914 avec la mention « tué en chargeant l’ennemi à la baïonnette à la tête de sa section ». Il en reçoit également la médaille militaire... trois médailles contre une vie de vingt-deux ans.
La sépulture
Claudius reçoit une première sépulture avec quatre officiers français tués à Riedisheim ce jour là prêt du pont de Modenheim à Illzach. La plaque de sa tombe écrite en allemand (avec la date en français) nous est parvenue
Ici repose avec dieu
Lieutenant
Picard Claude
Tombé le 9 août 1914
Il est ensuite transféré au cimetière catholique de Mulhouse en 1924. En 1972, sa tombe est déplacée au Cimetière National de Tiefengraben à Mulhouse, Tombe 93, carré C, Rangée 9 (aujourd’hui cimetière militaire des Vallons).


 
Par Zoof - Publié dans : Claudius
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